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Mardi 4 juillet 2006

J'ai longtemps été fâchée avec la littérature française contemporaine pour cause de déceptions à répétitions (j'aurais sans doute l'occasion d'y revenir). Mais la curiosité m'a quand même poussée à emprunter à la bibliothèque (donc sans risque financier ;-)) le dernier opus de Philippe Claudel dont je n'avais lu que des critiques élogieuses. Bien m'en a pris car ce fut une très belle découverte.

C'est l'histoire de Monsieur Linh, un vieil homme dont le pays est ravagé par la guerre. Un jour, Monsieur Linh quitte donc son pays sur un bateau. De sa vie passée il ne reste rien : sa famille a été tuée et son village a brûlé. Rien, sauf sa petite-fille, un tout petit bébé qu’il tient précieusement au creux de ses bras. C’est pour cet enfant qu’il a pris la route de l’exil. Et puis le bateau accoste dans un pays étrange et étranger où tout est surprenant pour Monsieur Linh : les gens, les maisons, la langue, les rues, les magasins. Et le froid, surtout. Et pourtant Monsieur Linh part à la découverte de son nouvel environnement, timidement, pas à pas, comme un enfant qui apprend à marcher. C’est son amour pour la petite fille qui le pousse en avant… Un jour, un homme vient s’asseoir sur le même banc que lui. S’engage alors une conversation muette entre deux hommes semblables dans leur solitude et différents dans leur culture. Commence alors une improbable amitié.

Un magnifique roman qui parle de l’exil et du recommencement. A quoi s’accroche-t-on pour survivre quand on a tout perdu et qu’il faut pourtant continuer à vivre ? Et un livre sur l’amitié, aussi, sur la capacité à créer des liens au-delà de tout langage. Une cigarette offerte, un bonjour accepté, une reconnaissance mutuelle… Le style de Philippe Claudel est minimaliste, et pourtant que d’émotion il fait passer. En quelques mots, il fait revivre le pays perdu de Monsieur Linh avec ses rizières, ses buffles, ses maisons sur pilotis. Puis l'angoisse du départ, et la nouvelle vie de Monsieur Linh. Les personnages sont parfaitement construits, en quelques traits essentiels. Et quand on arrive à la surprenante fin de l’histoire, que je ne peux vous dévoiler, on mesure toute l’humanité qu’il y a dans le personnage de Monsieur Bark ! C’est peut-être cela la clé de l’amitié : accepter l’autre dans sa différence et dans ses bizarreries…

Merci Monsieur Claudel !

Stock, 2005. – 160 p.

 

par Papillon publié dans : Littérature francophone
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