Je vous retrouve dans deux semaines.
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« Seuls les fils sont comptables. Les filles ne sont rien. Une fille, qu'est-ce que c'est dans les textes sacrés ? Une Sudra. De caste inférieure. Du côté des servantes, quel que soit son rang. »
Catherine Clément, La princesse mendiante.
Mirabaï a réellement existé, ses poèmes nous sont parvenus, mais de sa vie on sait peu de choses. Catherine Clément adopte donc le ton du conte pour faire revivre cette figure mythique de l’Inde ancienne, en mêlant fiction et réalité. C’est un beau portrait de femme qu’elle nous offre, une femme qui renonce à ses privilèges et se rebelle contre le sort fait au femme, mais c’est aussi le portrait d’une illuminée, comme seule l’Inde semble en produire. Et c’est ce que j’ai le plus aimé dans ce roman : cette capacité de l’auteur à nous plonger dans une réalité indienne mystique, moite et cruelle, qui n’existe quasiment plus.
Kathy, Ruth et Tommy ont grandi à l’Institut Hailsham, étrange pensionnat perdu dans la campagne anglaise, où on leur a appris à considérer leur vie comme très précieuse. Dix ans plus tard, Kathy revisite son enfance heureuse et analyse l’impact qu’elle a eu sur sa vie d’adulte.
C’est un roman d’anticipation que nous offre ici Kazuo Ishiguro et c’est un peu déstabilisant au début, car il nous plonge dans un monde déroutant dont nous ne connaissons ni les codes ni le langage. Pendant un tiers du roman, on ne comprend rien à ce qui se passe, mais on persiste parce qu’on s’attache à ces trois ados. Kazuo Ishiguro pratique une esthétique du dévoilement progressif, distillant ses indices au compte-gouttes et ferrant son lecteur à son hameçon…
Ce qui intéresse Kazuo Ishiguro au premier chef ce sont les relations humaines, et notamment cette ambiguïté qui existe souvent entre hommes et femmes, quand le sentiment oscille entre désire et amitié. Il met toujours en avant l’analyse psychologique, le décorticage minutieux, voire obsessionnel, des sentiments à travers le prisme du souvenir.
Dans ce roman d’anticipation j’ai surtout vu une subtile allégoriede la vie humaine, entièrement soumise au destin (dieux, savants ou politiciens : qu’importe, au fond, il y a toujours quelqu’un qui tire les ficelles), où seul l’amour peut éloigner l’idée de la mort. Mais cet amour est destiné à rester espoir, fantasme ou rêve enfui.
C’est finalement une vision assez noire du monde que met en scène Kazuo Ishiguro, puisque la fin révèle que l’art, la culture et l’éducation, loin de nous protéger contre les vicissitudes de l’existence ne font au contraire que nous rendre plus sensibles à la cruauté du monde.
Tous les liens vers d'autres avis sont chez Joelle.
Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch.
Editions des Deux terres, 2006. – 441 p.
Dans ce premier opus, nous faisons connaissance avec la détective privée Kinsey Millhone, trentenaire solitaire et tenace. Elle est engagée par Nikki Fife qui vient de purger une peine de huit ans de prison pour le meurtre de son mari, Laurence, un avocat à la réputation sulfureuse. Nikki se prétend innocente et veut que Kinsey retrouve le vrai coupable. Kinsey rouvre donc le dossier et découvre très vite que quelques jours après la mort de Laurence Fife, une jeune femme avait trouvé la mort exactement de la même manière : en avalant un médicament trafiqué. Les deux meurtres sont-ils liés ?
Un petit polar très efficace. Kinsey reprend une enquête vieille de huit ans et suit une méthode classique : interview des témoins, famille, amis, associés. La roman est écrit à la première personne, ce qui nous permet de suivre pas à pas toutes les hypothèses élaborées par Kinsey. Elle suit plusieurs pistes, s’égare, revient sur ses pas. C’est mouvementé à souhait, et riche en rebondissements. Bref, ça se lit tout seul ! Et j’ai adoré que Kinsey utilise des fiches cartonnées pour classer ses notes, méthode que j’ai personnellement utilisée pendant des années, mais pour un autre type d’enquête…
Traduit de l’américain par René Baldy.
Pocket, 2002. – 223 p.
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