Tentative d'épuisement d'un lieu parisien - Georges Perec
J’ai une tendresse toute particulière pour Georges Perec. D’abord parce qu’il fut documentaliste et que ma propre promotion de documentalistes l’avait choisi pour parrain, mais surtout parce qu’il a vraiment montré avec ses camarades de l’Oulipo à quel point la contrainte libère la créativité de l’écriture. Chacune de ses œuvres est un petit bijou obéissant à une contrainte particulière. Dans ce petit opuscule la contrainte est de s’installer dans un lieu public, d’observer et de noter tout ce qui s’y passe. Le lieu en question est la place Saint-Sulpice à Paris, et pendant trois jours, Georges Perec depuis une table de café, observe et note les allées et venues des passants, des voitures, des bus et des pigeons.Cette litanie vaguement surréaliste est à la fois intemporelle et datée des années soixante dix : un flot de 2CV vert pomme, des hirondelles, une messe… Ça ressemble à un film de Jacques Tati qui défilerait en accéléré. Le texte qui peut paraître fastidieux de prime abord tourne assez vite au poème un rien fantaisiste pour peu qu’on se laisse porter par cette litanie de mots. Et j’ai adoré le documentaliste qui transparaît sous le texte avec son désir de classer, trier, lister et catégoriser :
«Projet d’une classification des parapluies selon leurs formes, leurs modes de fonctionnement, leurs couleurs, leurs métériaus…»
Bref, une charmante petite curiosité littéraire.
Le joli billet de Bartleby.
Christian Bourgois Editeur / Collection Titres, 2008. – 49 p.
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