L'arbre d'ébène - Fadéla Hebbadj
Rentrée littéraire 2008
Un jour Nasser a quitté son pays, le Mali, avec sa mère, Mama. Il y eut d’abord un long séjour au Sénégal puis l’embarquement à destination de la France, lieu de tous les rêves et de tous les espoirs. Ce voyage apocalyptique deviendra pour longtemps une source de cauchemars pour Nasser. Quant à Mama, elle y a perdu tout son courage. Commence alors pour l’enfant et sa mère une vie d’errance, une vie de sans-papiers, avec la crainte au ventre de la police et de l’expulsion, et l’espoir, aussi, toujours de trouver un travail qui donnera accès à « un grand lit et un réfrigérateur plein », summum du bonheur pour Nasser. Car c’est lui qui raconte cette vie de solitude où il fait froid, cette vie de rencontres et de privations : Yvette à Marseille lui apprend à lire, Mario à Paris lui apprend à se perdre, Mama lui apprend à attendre, en rêvant dans son sac de couchage et elle lui raconte le pays de ses origines, le sable et les arbres d’ébène…Elle est dérangeante, la voix de Nasser, et elle m’a dérangée, remuée, troublée. Parce qu’elle décrit une réalité plus que difficile dans une langue poétique, onirique voire surréaliste. Elle parle de la difficulté d’être un enfant dans un monde d’adultes, d’être noir dans un monde de blancs, d’être sans identité dans un monde où l’être humain est souvent réduit à une étiquette, de la difficulté d’être différent, de la difficulté de vouloir garder sa singularité, d’adopter un nouveau pays, une nouvelle langue qui ne veulent pas de vous. Fadéla Hebbadj, par la voix de Nasser, nous interroge sur notre égoïsme de nantis :
« Ce pays est infesté par ses ordures. Il humilie sans peine les grandeurs humaines. Il meurt en déféquant. Il se lance à lui-même ses détritus en pleine figure parce qu’il ne sait plus où se sauver. Ils se répugnent eux-mêmes en nous traitant comme des déchets. Je voudrais ne pas avoir franchi les portes de l’océan. »
Pour aimer ce livre, il ne fait pas avoir peur de regarder la réalité en face…
Cuné et Laurence ont aimé.
Buchet-Chastel, 2008. – 172 p.
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