Jean-Pierre Gattégno - Longtemps je me suis couché de bonne heure
Ce roman est à classer dans la catégorie des livres qui parlent de livres et celui-ci a ceci de particulier que le héros n'en est pas un lecteur compulsif et passionné mais au contraire un non-lecteur. Car oui, ça existe ! Il y a encore de malheureux individus qui ignorent tout de l'ivresse de la lecture. C'est justement le cas de Sébastien Ponchelet, un petit truand de banlieue qui s'est retrouvé en prison après une pitoyable tentative de braquage de banque. C'est en prison qu'il a rencontré Sholam, un génial voleur de tableaux qui est aussi un grand lecteur. Bénéficiant d'une libération conditionnelle, Sébastien trouve un emploi de manutentionnaire dans une grande maison d'édition. Sa vie est terne, triste, ennuyeuse. Aussi, quand dans le métro il se trouve nez à nez avec une lectrice au regard pétillant puis avec un manuscrit raturé, sa vie prend soudain un nouveau sens et il se surprend à envier ces lecteurs qui semblent étrangement heureux en lisant… Il fallait être gonflé pour oser donner comme titre à un roman la première phrase mythique du monument de Proust. Mais c'est un excellent point de départ pour montrer comment quelques mots peuvent exercer une étrange fascination sur nous. Et sur cette phrase, Sébastien va longtemps méditer. Ce n'est pas un dévoreur, il ne se jette pas sur le manuscrit pour le lire jusqu'à la dernière page. Non, il essaie de comprendre cette phrase qui lui trotte dans la tête. Et par cette phrase, il va entrer sans même s'en rendre compte dans l'univers des livres.
J'ai regretté que le roman dévie soudain vers autre chose : un vol de tableaux, l'Art, une histoire quasi policière, beaucoup d’allées et venus en métro, des situations très improbables. Pendant un moment, donc, j'ai eu peur, peur que Sébastien ne s'égare dans une aventure qui n'était pas pour lui.
Mais la fin m'a rassurée parce que parfaitement conforme à mes attentes : après ce premier contact avec la littérature, Sébastien ne sera plus jamais le même…
Extrait :
"Fais attention, dit-il, si on a lu la première phrase d'un livre, il paraît qu'on peut être capté, on lit la deuxième, et après, c'est foutu."