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Samedi 29 mars 2008
Trois riches américains montent dans un train qui traverse l'Inde, le Darjeeling limited. Ils sont frères mais ne sont pas vus depuis un an. C'est l'aîné, Francis, qui a eu l'idée de ce voyage et des ces retrouvailles, pour renouer les liens familiaux. Chacun des trois frères a une plaie à soigner : Francis vient d'échapper à un très grave accident de moto, Jack ne parvient pas à se séparer d'une femme qu'il n'aime plus et Peter panique à l'idée de devenir père. Ils ont tous besoin de remettre leur vie sur des rails. Et chacun d'entre eux a sa méthode pour soigner ses angoisses : l'un se drogue avec du sirop pour la toux, l'autre court les filles et le troisième fait des listes et plannifie tout. Ils sont si déjantés et si déglingués qu'ils vont mettre ce train sens dessus dessous...

Ce film est vraiment réjouissant, décalé, burlesque, servi par une bande son survitaminée. Ces trois ados attardés qui accumulent les bourdes nous font hurler de rire, puis nous touchent quand ils nous révèlent leur faille : le deuil impossible du père, l'absence de la mère. Bien sûr, ils trouveront de manière complètement inattendue une réponse à leurs angoisses, dans cette Inde à la fois baignée de spritualité et étrangement fataliste. Et j'aime beaucoup la scène finale si symbolique où les trois frères courent pour attraper un train en marche en larguant tous les bagages hérités du père.

J'ai le sentiment de parler très mal de ce film si bien filmé qu'il est irracontable, alors courez-y : je vous promets que vous en sortirez gonflés à bloc par une grande bouffée d'optimisme.


Film américain (2008) de Wes Anderson,
avec Owen Wilson, Adrian Brody, Jason Schwartzman.
Genre : comédie ; durée : 1h47.

par Papillon publié dans : Sorties
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Dimanche 23 mars 2008
danslavie.jpgCurieuse coïncidence qui fait qu'en ce moment, je lis des livres et vois des films qui tous traitent de préjugés à surmonter... Ce film-là s'inscrit dans cette série. Esther est paraplégique et condamnée à vivre dans un fauteuil roulant et à ne plus beaucoup sortir de chez elle. Elle vit chez son fils, médecin, et une auxiliaire de vie lui tient compagnie dans la journée. Mais la souffrance et la dépendance ont rendues acariâtre cette femme de caractère dont le monde se réduit aux allers retours de son fauteuil. Les auxiliaires de vie démissionnent les unes après les autres, au grand dam de son fils. A bout de ressources, il demande à Selima, la jolie infirmière. Celle-ci propose de faire appel à sa mère, une femme d'une grande patience qui a élevé plusieurs enfants. Seul problème à surmonter : Esther est juive et Halima arabe.

Contre toute attente, les deux femmes vont devenir de grandes amies. Elles ont à peu près le même âge et sont toutes deux originaires d'Algérie, ce qui crée des liens. Il y aura des fous rires, des papotages de filles et même des engueulades, quand elles se retrouvent toutes les deux devant la même télé qui diffuse les détails du conflit israélo-arabe, où leurs deux communautés s'affrontent. Mais l'amitié qui les unit est solide et leur permet de dépasser ces divergences. Par amitié, Halima affrontera tous ses voisins pour défendre son amie. Et grâce à Halima, Esther reprendra goût à la vie.

Ce film est une magnifique leçon sur la tolérance et la différence. Il n'est pas exempt d'angélisme, mais c'est pour la bonne cause. Il est même parfois un peu didactique : quand Sélima, musulmane "libérée" explique à sa cousine que l'on peut être fidèle à ses origines sans éprouver le besoin de porter le voile, quand Esther explique à Halima que les juifs ne peuvent  manger de plat contenant à la fois de la viande et du lait, quand l'immam explique à Halima qu'il n 'est pas "impur" de s'offrir un pélerinage à La Mecque avec l'argent d'une juive. Mais surtout, Philippe Faucon nous offre un très beau portrait de femme avec le personnage d'Halima. D'abord, elle est belle malgré ses rides avec ses yeux qui pétillent, ensuite elle est d'une générosité sans limite, elle est douce, patiente et fidèle.

Un petit film sans prétention
(dont la plupart des acteurs sont visiblement des non-professionnels, ce qui ajoute à son charme) qu'il serait dommage de manquer.


Film français (2008) de Philippe Faucon,
Avec Sabrina Ben Abdallah, Ariane Jacquot, Zohra Mouffok.
Genre : comédie ; durée : 1h13.
 
par Papillon publié dans : Sorties
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Samedi 22 mars 2008

claudel.jpgJ'aime beaucoup Philippe Claudel, écrivain, j'avais donc vraiment hâte de découvrir son premier film, dont la bande-annonce me nargue depuis plusieurs semaines dans mon cinéma favori. Et je me suis dépêchée d'aller le voir avant de lire la moindre critique, pour ne pas être influencée par le jugement d'autrui...

Philippe Claudel filme comme il écrit : par petites touches délicates, c'est donc image après image que nous découvrons l'histoire de Juliette et de Léa, deux soeurs qui ne se sont pas vues depuis quinze ans. Juliette, la quarantaine triste et fade, est une fermée et secrète ; Léa, une dizaine d'année plus jeune, est une ravissante prof de fac d'une banale normalité : mari, enfants, maison, boulot... Nous apprenons très vite que Juliette sort d'un long séjour en prison et que Léa a proposé de l'héberger "le temps qu'il faudra". Après son jugement, Juliette a été rayée de la famille, les deux soeurs vont donc devoir réapprendre à se connaître. Au contact de la famille de Léa et de ses amis, Juliette va réapprendre tout doucement à revivre. Et pourtant, il y autour d'elle beaucoup de questions et beaucoup de suspicion, notamment de la part du mari de Léa...

C'est un film très délicat qui entremêle deux thèmes forts : celui de la sororité et celui de la réinsertion après une peine de prison. Les deux actrices y sont magnifiques et elles sont entourées de personnages secondaires très bien dessinés : la petite fille qui pose beaucoup de question indiscrètes, le grand-père polonais qui ne s'exprime que par post-it, le bon copain très compréhensif... On ne s'étonnera pas non plus qu'il soit beaucoup question de livres dans ce film : on en parle et on en voit... Ce film aurait pu être une parfaite réussite, mais il est complètement gâché par sa fin mélo, qui révèle ce que l'on ce serait bien gardé de savoir : le secret de Juliette. En quelques scènes, Philippe Claudel démolit tout ce qu'il a tenté de montrer depuis le début. Je ne peux pas en dire plus, car je m'en voudrais de trop en révéler...

Heureusement, petite consolation finale : le générique défile sur l'une de mes
chansons préférées, chantée par mon rocker préféré, Jean-Louis Aubert.


Film français (2008) de Philippe Claudel,
Avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hasanavicius.
Genre : comédie dramatique ; durée : 1h55.



par Papillon publié dans : Sorties
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Samedi 8 mars 2008

heuredete.jpgC'est l'été et Hélène fête ses soixante-quinze ans, entourée de ses enfants et petits-enfants.  La maison de famille est une vieille batisse à la campagne, pleine d'oeuvres d'art : tableaux, meubles, vaisselle. Hélène est la nièce d'un peintre célèbre et elle a consacré sa vie à  gérer son  patrimoine artistique. A l'occasion de son anniversaire, elle tente d'aborder avec son fils aîné la question de sa succession, mais Frédéric (Charles Berling) n'est pas très réceptif. Quelques mois plus tard, Hélène meurt  brusquement et Frédéric va être bien obligé de faire face à la situation qu'il redoutait...

J'avais très envie de voir ce film parce qi'il évoque une situation à laquelle j'ai dû faire face il y a quelques mois, une situation que chacun de nous doit affronter un jour ou l'autre. Après la disparition de nos parents, se pose forcément la question de l'héritage : que faire de tous ces objets qui sont à la fois des souvenirs et des contraintes ? Hélène tient un discours très lucide à son fils : "Mon histoire n'est pas votre histoire, le passé ne doit pas plomber l'avenir." Mais ce discours, Frédéric n'est pas prêt à l'entendre. Il a toujours pensé que la maison resterait toujours dans la famille, ainsi que les oeuvres d'art qu'elle contient, notamment les deux petits Corot qu'il aime tant. Mais après la mort de sa mère, quand il aborde la question avec  ses frère et soeur, il découvre qu'ils ont un point de vue différent. Tous les deux vivent à l'étranger et se sont déjà  détachés de leur maison, de leur famille et de leur passé. Tous les deux ont des projets à accomplir et ont besoin d'argent, ils sont d'avis de vendre la maison. Frédéric doit faire face à un second deuil : celui de sa maison et de ce qu'elle contient.

C'est un film d'une grande sensibilité. Toute la conversation autour de la vente de la maison et des objets d'art est d'une grande justesse. Ce n'est pas un film sur la mort ou sur le deuil mais sur la transmission d'une génération à l'autre. Les objets d'art d'Hélène iront au musée. Et quand Frédéric va les voir, il est un peu choqué : "Ils ont l'air d'être en prison". Se pose alors une autre question : les oeuvres d'art sont-elles créées pour orner les musées ou pour partager notre vie ?

J'ai vraiment beaucoup aimé ce film qui m'a aidé à me départir de ma culpabilité d'avoir vendu la maison de mes parents et éparpillé en un jour ce qu'ils avaient mis quarante ans à construire.


Film français (2008) d'Olivier Assayas,
Avec Charles Berling, Juliette Binoche et Jérémie Renier.
Genre : drame ; durée : 1h40.

par Papillon publié dans : Sorties
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Dimanche 2 mars 2008

kechiche.jpg Slimane est un vieil ouvrier arabe qui travaille depuis trente-cinq ans sur le chantier naval de Sète. Devenu moins productif, il est licencié par son patron qui cherche la rentabilité. Séparé de sa femme, Slimane vit dans une petite chambre d'hôtel dont la patronne est sa nouvelle compagne. Alors que ses fils veulent le convaincre de retourner au bled, sa belle-fille Arym lui affirme que sa vie est en France. Elle va l'aider à réaliser son rêve : ouvrir un restaurant de couscous sur un bateau.

 

Abdellatif Kechiche aime à la fois la lenteur et le dialogue. Il prend plaisir à installer ses acteurs dans de très longues scènes où vibre la vie sur les gros plans des visages. Le dialogue, ici, est tantôt source d'échanges et de convivialité, tantôt porteur d'hystérie ou de colère, tantôt tentative désespérée de convaincre. C'est l'occasion de nous montrer une famille arabe recomposée avec sa culture, ses traditions, ses amis et ses mélanges. Deux générations s'affrontent : ceux qui ont immigré et se sont battus pour offrir une vie meilleure à leurs enfants et ceux qui sont nés en France. Le projet de Slimane va réunir ses deux familles et les deux générations autour d'un rêve commun. Hélas ! Pas facile quand on est un vieil arabe sans le sou de convaincre la banque et la mairie. Abdellatif Kechiche en profite pour décrire avec un humour acide la bourgeoisie locale.

 

C'est une formidable analyse sociologique qu'il nous offre avec ce film, en même temps qu'une belle histoire de famille et d'amitié. La fin, pourtant, est très cruelle et semble bannir tout espoir…

 

 

Film français (2007) d'Abdellatif Kechiche,

Avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache.

Genre : comédie dramatique ; durée : 2h31.

 

par Papillon publié dans : Sorties
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