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Jeudi 3 avril 2008

 

Elle avait vingt et un ans.

Elle était belle, intelligente et cultivée.

Elle étudiait la littérature anglaise, jouait du violon et aimait passer ses dimanche à la campagne.

Elle aurait pu avoir la vie devant elle, mais elle était juive dans la France de Vichy.

 

Hélène Berr commence son journal en avril 1942, « pour ne pas oublier, parce qu’il ne faut pas oublier. ». C’est le moment où les lois anti-juives se multiplient, et avec elles, les persécutions. Interdiction pour les juifs de se présenter aux concours administratifs, d’aller au théâtre, dans les magasins, et bientôt obligation de porter l’étoile jaune. Mais, malgré cette ambiance d’angoisse et d’humiliations, Hélène semble mener la vie de toute jeune fille : les cours à la Sorbonne, la musique avec son petit orchestre familial, les promenades, les sorties, les livres lus, l’amour.

 

« C’est le premier jour où je me sente réellement en vacances. Il fait un temps radieux, très frais après l’orage d’hier. Les oiseaux pépient, un matin comme celui de Paul Valéry. Le premier jour aussi où je vais porter l’étoile jaune. Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune. »

 

Mais la nasse se resserre. En juillet, c’est la rafle du Vel d’hiv. Dès le lendemain, Hélène devient bénévole dans une association qui s’occupe des orphelins juifs. Puis son père est arrêté et envoyé à Drancy. Il en sortira quelques semaines plus tard contre paiement d’une rançon. Hélène tente désespérément de se raccrocher à sa vie d’étudiante, mais elle sent chaque jour douloureusement le fossé qui la sépare des gens « normaux », les autres, ceux qui ne risquent pas l’arrestation à tout moment, ceux qui ne sont pas stigmatisés dans chacun des gestes de leur vie quotidienne, ceux qui ne savent pas.

 

Elle interrompt son journal en novembre 1942 quand son fiancé décide de quitter Paris pour rejoindre les Forces françaises libres. Elle le reprend en août 1943, dans le but cette fois de laisser une trace :

 

« Car comment guérira-t-on l’humanité autrement qu’en lui dévoilant d’abord toute sa pourriture, comment purifiera-t-on le monde autrement qu’en lui faisant comprendre l’étendue du mal qu’il commet ? »

 

Autour d’elle le vide s’est fait : amis, parents et relations sont les uns après les autres arrêtés et déportés. Et pourtant la famille Berr refuse toujours de quitter Paris. Hélène tente tant bien que mal de se raccrocher à ses études et à son rôle de bénévole. Mais dans cette seconde partie, son ton se fait beaucoup plus grave. Elle relate tous les évènements tragiques dont elle a connaissance : arrestations, tortures, exécutions. Mais elle mène aussi une véritable réflexion sur la guerre, le bien et le mal, le nazisme. Il y n’y a pourtant chez elle nulle haine. Toute son énergie est tournée vers les autres : ceux qui sont « partis » et dont elle est sans  nouvelles, ceux qui restent et doivent affronter solitude, angoisse et souffrances. Elle ne se fait aucune illusion sur son avenir :

 

« Penser que si je suis arrêtée ce soir (ce que j’envisage depuis longtemps), je serai dans huit jours en Haute Silésie, peut-être morte, que toute ma vie s’éteindra brusquement, avec tout l’infini que je sens en moi. »

 

Son journal se termine sur ces mots empruntés à Shakespeare : « Horror, horror, horror. »

 

Hélène Berr a été est arrêtée le 8 mars 1944. Elle est morte au camps de Bergen-Belsen en avril 1945, à l’âge de vingt-quatre ans.

 

C’est peu de dire que ce livre m’a bouleversée. J’en suis sortie en larmes avec le sentiment d’avoir perdu une amie précieuse trop peu connue. Car c’est en grande partie sur la personnalité de l’auteure que repose la valeur de ce journal, jeune femme brillante, généreuse, humaniste, d’une force de caractère assez peu commune. Et son témoignage écrit au jour le jour nous permet de voir de l’intérieur ce que fut cette époque horrible pour les juifs. Et ce qui rend terrible ce témoignage c’est ce que nous savons aujourd’hui de l’horreur de ce que furent les camps de concentration. Nous savons, nous lecteurs, vers quel enfer sont partis Hélène et tous les siens. Et nous aimerions penser que tous ces innocents ne sont pas morts pour rien. C'est pourquoi nous devons lire et faire lire ce livre, témoignage exceptionnel d'une femme exceptionnelle.

 

L'avis d'Amanda.


 

Editions Tallandier, 2008. - 300 p.


par Papillon publié dans : Biographies / Autobiographies
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Mercredi 12 mars 2008

laferriere.jpgL'odeur du café est à Dany Laferrière ce que fut la madeleine à Proust. Le café, c'est celui que prépare sa grand-mère à longueur de journée sur la galerie de sa maison, dans un petit village d'Haïti. De cette galerie, le petit garçon que fut Dany Laferrière observe le théâtre du monde, depuis les fourmis qui besognent sur le parquet, jusqu'aux étoiles qui brillent dans le ciel.

Dans de très courts chapitres et dans une langue poétique et colorée, Dany Laferrière nous raconte la vie de son village : les voisins et leurs disputes, les bétises de gamins, les amourettes, un vélo, une voiture et des chevaux. C'est une petite société où la magie n'est jamais très loin : les morts sortent régulièrement de leurs tombeaux pour partager la vie des vivants, des animaux étranges surgissent de la mer, des contrats sont passés avec le diable. Et surtout, il y a le personnage magnifique de Da, la grand-mère, à la fois sage et moqueuse, tendre et sévère.

Ca se déguste avec plaisir et ça colle aux dents, comme les carambars de notre enfance.


Le Serpent à Plumes / Motifs, 2001. - 227 p.
par Papillon publié dans : Biographies / Autobiographies
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Samedi 1 mars 2008

Lecture commune du Club de lecture des blogueuses.


undefinedDe François Villon, l'histoire a retenu peu de choses : son oeuvre poétique, très autobiographique, et ses démélés avec la justice qui ont laissé des traces officielles. Tout le reste est conjecture. Jean Teulé a donc pris le parti d'écrire une biographie à la première personne , très inspirée des poèmes du mauvais garçon de la poésie française, en comblant les blancs avec son imagination de romancier.

François de Montcorbier nait en 1431 dans Paris occupé par les anglais, l'année même de la mort de Jeanne d'Arc. Son père, condamné pour vol, meurt sur la potence. Sa mère le suivra bientôt, pour les mêmes raisons. François est confié à Guillaume de Villon, chanoine de l'Eglise Saint Benoît, dont il prendra le nom. Le bon chanoine le pousse à suivre des études à l'Université dans le but d'en faire un religieux. Mais le jeune poète préfère l'école buissonnière, courir les filles, écrire des vers et faire des blagues de potache.

C'est un monde très dur que ce quinzième siècle. La justice y est approximative, expéditive, violente. On vous coupe une oreille ou une main pour trois fois rien ; on pend, on torture et on écartèle à tour de bras et à tous les coins de rue. La vie ne vaut pas cher, alors le jeune François prend le parti de brûler sa vie, qu'importe les risques. On le voit traîner dans les bas-fonds les plus sordides, et fréquenter autant les truands que les artisans et les étudiants. Mais le vrai tournant de sa vie a lieu quand il s'intègre à une troupe de dangereux brigands sans foi ni loi, les Coquillards...

J'ai eu bien du mal à accepter les turpitudes de l'ami François et j'ai eu bien souvent la nausée à lire ses aventures, tant l'auteur semble se complaire à nous décrire la sordide réalité de ce Moyen-Age barbare. Mais Jean Teulé place ses pas et sa plume dans ceux de son héros et la poésie de François Villon est tout sauf bucolique, elle trempe dans le trivial et le réel. Et on ne peut pas rester longtemps insensible à cette plume charnelle, goûteuse et mélancolique à la fois. Presque malgré moi, j'ai été emportée par la langue, puis par la réalité brutale de cette époque, jusqu'à me sentir pleine de compassion et de tendresse pour cet homme que la vie n'a pas gâté et qui n'était ni plus ni moins barbare ou cruel que son époque, et dont la poésie, en tout cas, transcende les siècles.


Pocket, 2006. - 435 p.


Retrouvez la liste de tous les participants chez Sylire ou chez Lisa.

par Papillon publié dans : Biographies / Autobiographies
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Mardi 9 octobre 2007

Je n’avais encore jamais lu RK Narayan, et si sa biographie a atterri dans ma PAL, c’est uniquement parce qu’elle est publiée dans l’excellente collection « Motifs » du Serpent à plumes. Et cette biographie se lit comme un roman qui fait revivre l’Inde coloniale avec ses traditions et sa culture et dessine le portrait d’un humaniste épris de culture.

Narayan est né en 1906 à Madras dans le Sud de l’Inde, dans une famille appartenant à la caste des brahmanes, qui occupent tous les postes importants de la société. Son père est directeur de lycée, mais comme il a une nombreuse famille et change souvent d’affectation, le jeune garçon est élevé chez sa grand-mère. Chaque été il prend le train pour un voyage épique qui le mène chez ses parents où il retrouve ses nombreux frères et sœurs. Il découvre très tôt les joies de la lecture et dévore tous les classiques de la littérature anglaise. C’est d’ailleurs un enfant très rêveur qui passe son temps à regarder le paysage quand il est en classe, ce qui fait de lui un élève plutôt médiocre. Plus tard, il vient vivre définitivement chez ses parents à Mysore, ville dont il tombera amoureux. Il y découvrira sa vocation d’écrivain. S’ensuivront des années de galère à essayer de trouver un éditeur pour ses textes où il sera obligé de jouer les journalistes pour nourrir sa famille.

J’ai beaucoup aimé ce récit truffé d’anecdotes tendres ou rigolotes sur l’enfance et la jeunesse de l’auteur. On croise des personnages hauts en couleur : le père sévère, l’oncle alcoolique, l’imprimeur tyrannique. C’est écrit dans une langue classique et élégante très agréable à lire. Et surtout l’auteur porte sur lui-même un regard sans concession, un peu décalé, comme s’il était le personnage de l’un de ses romans. Toute la partie où il évoque son travail d’écrivain est d’ailleurs passionnante. Cette biographie m’a donné envie de lire ses romans qui doivent contenir un intéressant mélange de culture anglaise et de tradition indienne.

L'avis de Cathe.


Traduit de l'anglais par Béatrice Vierne.
Le Serpent à plumes, 2005. - 353 p.


par Papillon publié dans : Biographies / Autobiographies
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Jeudi 28 juin 2007

schneider.jpgDe Marilyn Monroe, on croit tout savoir : l’actrice, la femme, le sex-symbol, le mythe ; ses films, ses amants, ses maris et ses caprices de star. Pourtant Michel Schneider a trouvé un territoire particulièrement intime à explorer : les relations de Marilyn avec la psychanalyse, ou plus exactement avec son dernier psy (elle en eut quatre), Ralph Greenson.

J’ai été très déçue par ce livre, ou plus exactement j’en ai trouvé la lecture très frustrante… D’abord, Michel Schneider reconnaît n’avoir eu accès à aucun des documents privés (correspondance, notes personnelles, …) tant il semble que tout ce qui concerne Marilyn soit classé « secret défense » aux Etats-Unis. Donc, tout ce que raconte l’auteur, il le tient de coupures de journaux, de biographies des protagonistes et des articles professionnels publiés par Greenson. Tout cela est donc du matériel de seconde main. Mais l’auteur se défend en expliquant que ceci n’est pas une biographie. Un roman ? Soit. Sauf que ce roman est raconté par petits morceaux semés en désordre. Certes, au début de chaque chapitre, il nous indique le lieu et la date, mais j’ai quand même eu un peu de mal à m’y retrouver. Dans un chapitre, Marilyn est sur le point de divorcer d’Arthur Miller, mais dans le suivant, elle est toujours mariée. Ici, elle est à Los Angeles en train de tourner Le Milliardaire avec Yves Montand ; là, on la retrouve à Londres, cinq ans plus tôt, sur le tournage du Prince et la danseuse avec Laurence Olivier. Le tout donne une histoire en forme de puzzle, ou de kaléidoscope… J’aurais du m’en douter : on ne peut pas raconter une analyse…

Il n’en reste pas moins que j’ai découvert avec intérêt les relations étroites qu’entretenait Hollywood avec la psychanalyse. Tous les acteurs étaient en analyse, par forcément par besoin, mais parce que la psychanalyse était à la mode et était supposée être un outil indispensable au travail de l’acteur. Quant aux psy, ils étaient scénaristes, consultants, intervenaient dans le choix des rôles et la signature des contrats ; bref, le tout révèle un mélange des genres assez peu en accord avec ce que je connais de la psychanalyse freudienne…

Quant au cœur du sujet, les relations entre Marilyn et son dernier analyste, elles sont particulièrement choquantes. D’abord, on découvre que la star n’était pas seulement une névrosée capricieuse, mais une femme gravement malade, incapable de tenir debout, complètement accro aux barbituriques, prescrits avec générosité par ses différents médecins, une femme dramatiquement seule et vivant dans une grande souffrance. Dans ces conditions, Greenson (que j'ai imméditement détesté...) n’était peut-être pas le meilleur choix pour elle. Il va très vite être complètement fascinée par tout ce qu’elle incarne :

« Elle, si belle ; moi, plutôt ingrat. La blonde vaporeuse et le docteur des noirceurs, quel couple… Aujourd’hui, je vois que ce n’était que l’apparence : j’étais une bête de scène, je me servais de la psychanalyse pour satisfaire mon besoin de plaire, et elle une intellectuelle qui se protégeait de la souffrance de penser par une voix d’enfant et une bêtise affichée. »

Très vite, il sort de son rôle de thérapeute, invite Marilyn chez lui, lui présente sa famille, lui donne des conseils sur son travail, sur ses contrats. Entre eux, c’est un lien passionnel et fusionnel. « Lui qui définira le but de l’analyse comme l’accès du patient à l’indépendance de pensée, il fit exactement le contraire. »

Il ne la sauvera pas. Qui a tué Marilyn ? Greenson, la psychanalyse, la maladie, la mafia ? Peu importe. Dans l’état où elle était quand commença le tournage de ce film au titre prémonitoire, Quelque chose doit craquer, elle était dans un tel état psychique que seul le pire pouvait advenir.


Ils l'ont lu : Cathe, Lily, Clarabel, Alice, InColdBlog.


Grasset, 2006. – 531 p.

par Papillon publié dans : Biographies / Autobiographies
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