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Lundi 7 janvier 2008

gamboa.jpgEsteban est venu à Paris pour étudier la littérature. Il vit dans une petite chambre de bonne, crève de faim et ses études l’ennuient. Heureusement Esteban fait beaucoup de rencontres, pour la plupart des immigrés comme lui, venus à Paris pour fuir la pauvreté ou la dictature. Tous mènent une vie de galère et trouvent leur seule consolation dans une vie sexuelle débridée.

C’est bien d’immigration dont il est question dans ce roman. La vie de bohême que mènent Esteban et ses amis n’a rien de romantique : c’est la misère noire, le manque d’argent, la solitude, la peur de se faire arrêter par la police. Tous ceux que croise Esteban, coréens, sénégalais, roumains, marocains, latino-américains, ont rêvé de la France comme d’une terre promise et découvrent la réalité cruelle d’un pays qui ne veut pas d’eux. Gamboa nous montre un Paris qui est bien loin de la carte postale touristique que l’on connaît : le Paris des chambres de bonnes, des ruelles glauques, des restaurants crasseux, une ville battue par les vents et noyée sous la pluie.

Mais il y a quand même beaucoup d’espoir dans cette histoire. Une immense solidarité unit tous ces damnés de la terre. Santiago Gamboa a une grande tendresse pour ses personnages et beaucoup d’humour, pour que même les situations les plus tragiques n’apparaissent jamais comme complètement désespérées. Son roman, au style très fluide, se dévore comme une sarabande érotique et littéraire car le lecteur s’attache à Esteban et le suit dans toutes ses errances dans cette ville inhumaine où les gens sont susceptibles de disparaître du jour au lendemain.


Merci à Cuné pour cette découverte !

Traduit de l’espagnol (Colombie) par Claude Bleton. – Métailié, 2007. – 359 p.

 

par Papillon publié dans : Littérature latino-américaine
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Vendredi 26 octobre 2007
vallejo.gifFernando Vallejo, romancier colombien et homosexuel, né en 1942 à Medellin (la ville du quartel des drogues) est considéré comme le mauvais garçon de la littérature colombienne. Il a choqué la bourgeoisie catholique de Bogota en révélant son amour des jeunes garçons et sa haine du président Uribe. La plupart de ses romans, très autobiographiques, ont pour sujet l’homosexualité, la violence et la situation politique actuelle de la Colombie.
 
« Aujourd’hui, la Colombie n’est plus que ruines mendiantes que nous entretenons, nous qui en sommes partis. »
 
Dans Carlitos qui êtes aux cieux, Fernando Vallejo entreprend de raconter les mésaventures de son frère Carlos, grand utopiste, qui décide un jour de se présenter aux élections municipales de la petite ville de Tamesis. La campagne électorale tourne vite à la foire, avec promesses, menaces, pots-de-vin. Carlos réussit néanmoins à se faire élire en faisant voter « les bonnes sœurs, les putes et les morts ». Le voilà parti pour un mandat de trois ans qui ne sera pas une sinécure. Carlos est une sorte de roi baroque, qui fait ses discours en latin, se déplace sur un brancard porté par quatre beaux garçons et règne sur la ville avec son amant Memo. C’est pourtant un humaniste qui rêve de faire le bonheur de ses concitoyens en leur offrant des écoles et de leur apporter la richesse en construisant une centrale hydroélectrique. Hélas, il est sans cesse en butte aux obstructions de ses opposants, ne parvient pas à obliger ses administrés à payer leurs impôts et doit faire face à la violence et à la pauvreté du pays.
 
Entrer dans le monde de Fernando Vallejo, c’est mettre le pied dans la quatrième dimension, où l’on est emporté par un vent violent, tantôt brûlant et tantôt glacial. Son style est baroque et truculent, dans son langage cru et fougueux, il déverse en vrac sur son lecteur un tombereau d’émotions, d’images fortes, il déclame tout haut ce que personne n’ose penser tout bas. Au cours de ma lecture, je fus parfois au bord de la nausée… A travers les aventures tragiques et burlesques de Carlos, il nous dévoile une vision cauchemardesque de la Colombie, pays rongé par la violence et la corruption, en voie d’effondrement, gouverné par des politiciens véreux assoiffés de richesses et de pouvoir.
 
Vous dire si j’ai aimé, je ne sais pas trop, mais ça m’a retournée, c’est sûr !
 
 
 
Traduit de l’espagnol (Colombie) par Jean-Marie Saint-Lu.
Belfond, 2007. — 159 p.

par Papillon publié dans : Littérature latino-américaine
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Samedi 22 septembre 2007

sepulveda-copie-1.jpgLes trois héros de ces trois histoires pourraient être un seul et même homme : un macho sentimental, un dur qui joue les gros bras mais fond devant une jolie femme…

Le premier est un tueur à gages, froid, professionnel, implacable. Il n’a commis qu’une seule erreur dans sa carrière : tomber amoureux d’une jeune et jolie femme. Quand elle lui annonce qu’elle le quitte, il perd les pédales et accumule les bévues. Or, dans son métier la moindre erreur peut être fatale…

Le second est officier de police et traque les voleurs de bétail quelque part dans la pampa chilienne, jusqu’au jour où il truffe de plomb les fesses d’un truand qui se révèle être le fils d’un puissant général. Il est muté à Santiago, à la brigade des mœurs, où on le charge d’une enquête sur les lignes de téléphone rose.

Le troisième est enquêteur pour une compagnie d’assurances et cherche à savoir si la mort brutale d’un riche maroquinier est naturelle ou non, et s'il faudra payer la prime dont le bénéficiaire vir au fond de la forêt amazonienne...

Trois histoires policières drôles et légères qui n’ont d’autre prétention que d’amuser le lecteur en soulignant quelques dérèglements de la société sud-américaine : pillage des ressources naturelles, trafics en tous genres, impunité des militaires de la junte chilienne, difficile retour d’exil pour ceux qui ont tenté d’échapper à la dictature… Mais la fin est toujours cruelle parce que le macho sud-américain, sentimental ou non, est sans pitié pour ceux qui l’ont trahi.


Traduit de l’espagnol (Chili) par Jeanne Peyras.
Points Seuil, 2002. – 146 p.
par Papillon publié dans : Littérature latino-américaine
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Samedi 1 septembre 2007

Lecture commune du Club de lecture des blogueuses.

Osorio-copie-1.jpgLuz est née en Argentine en 1976, sous la dictature des militaires, période troublée et violente pendant laquelle tous les opposants au régime étaient systématiquement arrêtés, torturés et assassinés dans le plus grand silence. Des disparus, voilà ce que ces gens sont devenus, des disparus auxquels on a volé leurs enfants pour les donner à leurs tortionnaires. Vingt ans après, alors qu’elle vient de donner naissance à un petit garçon, Luz s’interroge sur son passé, son histoire, ses parents. S’en suivra une longue quête identitaire qui la conduira jusqu’à Madrid, sur les traces d’un père improbable.

Ce roman est un véritable thriller psychologique, même si j’y ai trouvé quelques longueurs, probablement parce qu’on y est à plusieurs reprises confronté avec l’insoutenable. Luz entreprend de raconter son histoire à ce père retrouvé, mais on entend aussi la voix des autres protagonistes de ce drame : Eduardo, le père adoptif, Dolores, sa meilleure amie, et surtout Myriam, une femme à la fois fantasque et courageuse, qui détient le secret de la naissance de Luz et fera tout pour le lui transmettre, même au péril de sa vie. A travers cette histoire de famille et de naissance secrète, c’est tout un pan de l’histoire de l’Argentine que l’on découvre, celui d’une dictature sanglante, mais aussi celui des « grands-mères de la place de Mai » qui firent tout pour retrouver leurs petits-enfants perdus à qui on avait volé leur identité.

Une lecture non seulement instructive mais bouleversante.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry.
Editions Métailé, 2000. – 352 p.


Pour connaître les avis des autres participantes du Club de lecture des blogueuses, faîtes un tour chez Sylire ou chez Lisa.

par Papillon publié dans : Littérature latino-américaine
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Samedi 17 février 2007

Depuis qu’il a quitté la police, dix ans plus tôt, Mario Conde achète et vend des livres anciens. En effet, asphyxiés par le crise économique, les cubains meurent de faim et sont prêts à vendre leurs biens les plus chers (meubles, porcelaines, œuvres d’art) contre quelques dollars. C’est comme ça qu’une grande partie du patrimoine cubain quitte le pays. Mais les affaires sont difficiles : plus grand chose à acheter dans ce pays. Pourtant, un jour, le Conde se trouve nez à nez avec une bibliothèque comme en rêvent tous les bibliophiles, une bibliothèque qui dort depuis quarante-trois ans et qui contient tous les trésors de la bibliographie cubaine. Pour le Conde, c’est la richesse assurée. Mais, entre les pages de l’un de ces précieux livres, il trouve une coupure de journal avec la photo d’une très belle femme, chanteuse, qui annonce la fin de sa carrière. Hypnotisé par cette femme, l’ancien policier s’interroge : qui est-elle, pourquoi a-t-elle mis fin si brusquement à sa carrière ? quel rapport avec cette merveilleuse bibliothèque ? Mario Conde commence son enquête.

Si vous rêvez de découvrir Cuba, ses plages, sa musique, ses cigares et son rhum, ne lisez pas ce livre : vous seriez déçus ! Car c’est l’envers du décor que dévoile Leonardo Padura dans ce roman mélancolique et empreint de nostalgie. A travers le destin de Violetta del Rio, chanteuse de boléro à la voix troublante, il fait revivre une époque où Cuba chantait, dansait, insouciante et sensuelle. Dès lors, il ne cesse d’opposer le passé, riche d’espérance, au présent désespéré. La belle Violetta est morte, enterrée et oubliée : tous ceux qui l’ont connus ne sont que des cadavres ambulants, ridés, desséchés, amers, attendant la mort. Ainsi est devenue Cuba : une île en pleine déliquescence où l’on se bat pour survivre. D’un côté, les quinquagénaires comme Mario Condé qui ont cru à la révolution, à la promesse d’un monde nouveau, qui n’arrivent pas à digérer la ruine de leurs rêves et qui noient leur désillusion dans le rhum ; de l’autre, les jeunes qui ne croient en rien d’autre qu’au dieu dollar et sont prêts à tout pour obtenir les précieux billets verts.

Un très beau roman, amer, mais non dénué d’espoir : dans l’amitié et dans les livres, on trouve toujours son bonheur.


Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas.
Editions Métalié, 2006. – 348 p.

par Papillon publié dans : Littérature latino-américaine
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