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Mercredi 30 août 2006

Ce recueil contient trois nouvelles. Tchekhov ne raconte pas des histoires extraordinaires, comme Gogol, mais de petites histoires presque banales et pleines de charme. Trois personnages dont la vie bascule, de façon impromptue, sans que rien ne le laisse présager…

La première, La dame au petit chien, est la plus connue et c’est un vrai petit bijou : une histoire d’adultère dans une station balnéaire qui tourne à l’histoire d’amour douloureuse. Parfaitement bien écrit, parfaitement bien construit.

Dans L'évêque, un vieil homme revoit son passé et ne sait pas qu’il vit ses derniers jours. Que restera-t-il de lui après sa mort ?

Dans La fiancée, une jeune fille décide de changer de vie, quelques jours avant son mariage.

Nous pensons être libres, semble dire Tchekhov, mais le sommes nous vraiment ?


Traduit du russe par Edouard Parayre et Lily Denis.
Folio Bilingue, 1993. – 193 p.
par Papillon publié dans : Littérature russe
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Mercredi 16 août 2006

Ce petit recueil édité par Librio contient en fait trois nouvelles de Gogol. Trois nouvelles qui pourraient faire partie d’un ensemble intitulé "Les 7 péchés capitaux" puisque la première illustre l’envie et l’orgueil, la seconde la cupidité et la troisième la luxure.

Dans Le journal d’un fou, un humble fonctionnaire employé dans un ministère à tailler des plumes, voit un jour la réalité basculer et parvient à réaliser son rêve de grandeur par le délire paranoïaque. Dans Le portrait,un jeune peintre fauché dépense sa dernière pièce pour acheter un portrait magnifique dont le regard perçant lui fait faire des cauchemars. Dès le lendemain, sa vie va changer pour le meilleur et pour le pire. Dans La Perspective Nevski, deux jeunes hommes courent après deux jolies dames qui ne sont pas ce qu’elles paraissent. Pour tous, la réalité à un moment déraille et leur obsession les conduit à la folie ou à la mort.

J’ai beaucoup aimé la plume de Gogol et son univers mi burlesque, mi-fantastique. C’est un régal à lire. Il se moque de l’administration russe et des fonctionnaires. Il raille avec cruauté les travers les plus humains et nous incite à nous méfier des apparences, bien souvent trompeuses.

 
Trad. Du russe par Boris de Schloezer.
Librio, 2004. – 120 p.
par Papillon publié dans : Littérature russe
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Mercredi 16 août 2006

Je suis venue finalement venue à bout de ce roman magistral, mais comment résumer un tel monument ? Ou alors, d’une phrase : l’irruption du diable, un soir de pleine lune à Moscou, met la ville sens dessus dessous. Ou encore : Marguerite fait un pacte avec le diable pour sauver son amant, le Maître, un écrivain maudit qui est le double littéraire de l’auteur. Mais ces résumés sont très réducteurs.

Ecrit en réaction à la propagande soviétique anti-religieuse, ce roman est un pamphlet contre le régime soviétique, mais un pamphlet camouflé dans un univers baroque et grotesque. Il y a une filiation directe de Gogol à Boulgakov : même univers mi-fantastique, mi-burlesque, prétexte à dénoncer les dysfonctionnements de la société russe. Et Boulgakov dénonce en vrac la culture officielle, la censure, le discours politique stéréotypé, le rejet de la culture classique et de ses grands maîtres, la crise du logement à Moscou et le cauchemar des appartements communautaires, les arrestations arbitraires, …

Et on s‘amuse beaucoup car le diable version Boulgakov est plus facétieux que méchant. Certes, on assiste à des scènes  hilarantes, comme le spectacle de magie noire au Théâtre des Variétés ou le grand bal satanique dans un appartement moscovite, mais il y a surtout une accumulation de petites diableries : apparitions et disparitions mystérieuses, roubles changés en dollar, voisin libidineux changé en pourceau, femme amoureuse changé en sorcière, etc…La plupart de ces facéties sont dues aux acolytes du diable, dont un gros chat noir, nommé Béhémoth.

Mais sous le roman burlesque se cache un roman philosophique car la vraie question du roman est : comment le bien pourrait-il exister si le mal n’existait pas, pourquoi craindre le diable si on ne croit pas à Dieu ? Et cette partie-là touche parfois au sublime, notamment dans le personnage de Ponce Pilate, rongé du remords d’avoir fait condamner Jésus, qu’il savait innocent, pour ne pas déplaire à l’empereur de Rome. La lâcheté est le plus grand des défauts.


Trad. du russe par Claude Ligny.
Pocket, 1968. – 577 p.
par Papillon publié dans : Littérature russe
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Mardi 15 août 2006
J’ai beaucoup aimé ce roman mais je trouve difficile d’en faire une critique parce que c’est un livre complexe, ou du moins les personnages en sont complexes.
 

Trois sœurs, Dacha, Sonia et Zaï qui ont le même père mais des mères différentes vivent exilées à Paris et cherchent un sens à leur vie, un sens à la vie. Pour Dacha l’aînée c’est la recherche de l’équilibre et de l’harmonie, pour Sonia la recherche d’un impossible absolu, et pour Zaï une vie sans peur. Sonia est une intellectuelle qui a écrit une thèse d’histoire, qui lit tous les journaux, qui réfléchit au monde, Zaï est une enfant qui vit, qui découvre le monde avec gourmandise : l’art, Paris et ses plaisirs. Dacha travaille comme secrétaire dans une banque. Par son salaire, elle fait vivre toute la famille quand les affaires de son père vont mal. Elle est sérieuse et raisonnable. Sonia symbolise l’esprit, Dacha le cœur et Zai les sens.

 

Il y a quelque chose de très « russe » dans cette histoire, dans ces personnages féminins qui s’interrogent sur le monde, sur la vie, sur leur avenir. Une vague mélancolie baigne le roman, regret d’un monde qui n’est plus (la Russie d’avant la Révolution). Pour Nina Berberova, c’est aussi l’occasion d’une réflexion sur le XXe siècle : plus de Dieu, plus d’idéologie, etc.… C’est pourquoi Le cap des tempêtes est son roman le plus profond, le plus intello, le plus philosophique, écho aux trois sœurs de Tchekhov et aux frères Karamazov de Dostoïevski. Un roman qu’elle a écrit en 1950, juste avant de quitter la France pour les Etats-Unis et dont elle avait expressément demandé à son éditeur qu’il ne soit publié qu’après sa mort.

 

Extrait :

« Pourtant, l’unique chose que je désire dans la vie, c’est le bonheur. Pas le calme, ni la liberté, mais le bonheur. Et je ne veux pas que ce soit un instant dont je doive m’emparer pour y penser ensuite : je cherche un état de bonheur stable, pérenne. Une plénitude absolue et perpétuelle. Un bonheur totalitaire, pour ainsi dire. Et ma tâche, mon objectif, tout le sens de ma vie est la recherche de ce bonheur. » (p.58)


Trad. du russe par Luba Jurgenson.
Actes Sud, 2002. – 426 p.

 

 
par Papillon publié dans : Littérature russe
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Mercredi 9 août 2006
J'aimerais un jour être capable de transcrire avec des mots l'atmosphère si particulière qui se dégage des romans de Nina Berberova, mais je n'ai pas son talent. Nina Berberova est un écrivain de l'exil : l'exil des Russes blancs à Paris dans les années vingt. Ses romans sont généralement sombres, il y est question de fuites, de pertes, de séparations, d'une incapacité généralisée à atteindre le bonheur hors du pays natal. C'est pourquoi Le livre du bonheur est différent.
Véra avait tout pour être heureuse. Elle était de ces êtres à l'heureux caractère dont on dit qu'ils sont faits pour le bonheur. Et Véra se croit heureuse. Jusqu'au jour où son ami d'enfance Sam Adler se suicide dans une chambre d'hôtel à Paris. Par-delà le chagrin, ce sont les souvenirs qui surgissent. Sa rencontre avec Sam dans un jardin public de Saint-Pétersbourg, leur amitié passionnée puis leur séparation. Puis la rencontre, née d'un quiproquo, avec Alexandre Albertovitch, et leur mariage hanté par la maladie. Il faudra du temps à Véra pour comprendre enfin qu'elle s'est toujours pliée aux évènements avec une sorte de fatalisme et que le vrai bonheur est ailleurs…
Je ne suis pas sûre d'être objective quand je parle des romans de Nina Berberova, parce que j'éprouve un amour inconditionnel et sans limite pour cette femme et pour son œuvre. Je n'ai qu'un mot à dire : il faut la lire !
 
Trad. du russe par Cécile Térouanne.
Actes Sud / Babel, 1996. — 225 p.
par Papillon publié dans : Littérature russe
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