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Vendredi 21 mars 2008


romer.jpgKnud est un petit garçon danois qui vit sur une île, un peu morne et  ennuyeuse. Mais si sa vie est un cauchemar jour après jour, c’est uniquement parce que sa mère est allemande. Nous sommes dans le Danemark de l’immédiat après-guerre où allemand rime forcément avec nazi. L’auteur raconte son enfance entre ses parents qui s’adorent mais sont coupés de toute vie sociale. Et la mère de Knud, femme orgueilleuse, refuse d’abandonner sa culture et ses traditions au profit d’une « assimilation » qui lui faciliterait pourtant la vie. Elle élève donc son fils dans la tradition allemande, faisant de lui le souffre douleur de toute son école.

 

Ce roman m’a beaucoup rappelé Sang impur de Hugo Hamilton, qui raconte exactement la même histoire, mais en Irlande, ce qui prouve combien dans toute l’Europe traumatisée par la guerre, s’est développé un fort sentiment anti-allemand. Au début, j’ai été un peu déroutée par la construction, car Knud Romer raconte l’histoire de toute sa famille, autant paternelle que maternelle, mais dans le désordre, nous faisant allègrement sauter des années vingt au début du siècle, et des années de guerre aux années cinquante. Des tas de personnages se succèdent, à tel point que j’ai dû prendre un papier et un crayon pour dessiner l’arbre généalogique de la famille afin de pouvoir m’y retrouver. Et cette famille est peuplée de gens plus étonnants les uns que les autres, depuis le grand-père novateur qui rêve de faire fortune avec ses idées révolutionnaires mais échoue tout le temps, jusqu’à la tante confite en dévotion, en passant par la grand-mère qui a été complètement brûlée pendant la guerre.

 

Mais le personnage central du récit reste bien évidemment la mère, pour qui ce livre a été écrit en forme d’hommage. Et cette femme a eu un destin étonnant. Orpheline de père très jeune, elle est envoyée chez une tante inconnue pendant que sa mère se remarie. Il lui faut ensuite faire la conquête d’un beau-père indifférent. Quand enfin elle y parvient, la guerre éclate. Faisant partie d’un groupe de résistants anti-nazis, elle voit son fiancé fusiller pour haute trahison et doit s’exiler en Suisse. A la fin de la guerre, elle traverse la moitié d’une Europe dévastée pour retrouver sa famille. Son beau-père étant ruiné et sa mère défigurée, elle doit prendre en charge la famille. Et quand enfin elle parvient au Danemark, où elle croit trouver un pays de conte de fées, et où elle rencontre le grand amour, on aurait envie qu’elle puisse souffler et profiter du simple bonheur de vivre. Au lieu de cela, elle devient une paria. Seul son orgueil et son adoration pour son mari lui permettent de garder la tête haute.

 

Ce livre, truffé d'anecdotes tragi-comiques, est très émouvant, parce qu’il nous fait voir la seconde guerre mondiale du côté allemand et nous donne à réfléchir sur les jugements que nous portons souvent sur autrui, non pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils représentent. En nous racontant l’histoire de ses deux familles, Knud Romer nous montre combien les gens sont finalement très semblables d’un côté ou l’autre de la frontière, même si leurs traditions divergent.


Ont été conquis par cette famille extravagante :
InColdBlog, Alice, Lily, Fashion, Cathe, Bernard, Anne-Sophie, Chiffonnette, Amy, Elfe, Cathulu, et Florinette.


Traduit du danois par Elena Balzamo.
Les Allusifs, 2007. – 187 p.

 

par Papillon publié dans : Littérature européenne
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Mercredi 20 février 2008

agus2.jpgQuelque part, sur la côte sauvage de Sardaigne, Madame gère une petite maison d'hôtes. Madame refuse de vendre sa propriété aux promoteurs qui voudraient transformer le maquis en club de vacances. Alors Madame passe pour folle auprès de ses voisins, folle de préférer les beautés de la nature aux richesses matérielles. C'est vrai que Madame n'est pas vraiment dans la norme : Madame préfère couper ses robes dans de vieilles nappes plutôt que de courir les boutiques, Madame a deux amants mais aucun mari, Madame cultive son potager et voit des fantômes...

Son histoire nous est racontée par sa jeune voisine de quatorze ans, dont on devine qu'elle aussi est destinée à devenir quelqu'un de "différent", une de ces personnes capables d'entendre le battement des ailes des anges quand ils viennent, la nuit, nous rendre visite...

Car Milena Agus, comme dans son premier roman continue à s'intéresser à ces gens hors normes, que l'on qualifie si volontiers de fous ou dérangés, sous prétexte qu'ils préfèrent inventer leur vie plutôt que de se conformer à ce que la société voudrait qu'ils soient. Madame illustre aussi une forme de vie destinée à disparaître dans le monde moderne.

J'aime définitivement la plume tout en sensibilité de Milena Agus et si ce roman ne m'a pas autant transportée que le premier, c'est tout de même une histoire pleine de charme.


Traduit de l'italien par Dominique Vittoz.
Liana Levi, 2008. - 155 p.
par Papillon publié dans : Littérature européenne
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Mardi 12 février 2008

shafak.jpgArmanoush Tchakhmakhchian vit aux Etats-Unis, où elle est née d’un père arménien et d’une mère américaine. Depuis le divorce de ses parents, elle se sent déchirée entre ses deux cultures, d’autant que sa mère s’est remariée avec un turc (ennemi héréditaire des arméniens depuis le génocide de 1915). D’un côté ses tantes paternelles la gavent de nourriture et d’histoire arménienne, de l’autre, sa mère veut faire d’elle une parfaite petite américaine.

De l’autre côté de l’Atlantique, Asya Kazanci vit à Istambul, dans une famille de femmes, toutes un peu originales. Asya n’a pas de père et sa naissance reste un mystère. Elle est "la bâtarde" et ce manque paternel a fait d’elle une rebelle nihiliste.

Un jour, Armanoush décide de traverser l’océan pour aller sur les traces du passé de sa famille. Elle débarque dans la famille de son beau-père, les Kazanci. Entre la jeune turque en manque de son passé et la jeune arménienne, dévorée par le sien, l’amitié va être immédiate.

Ce roman foisonnant est un prétexte à nous raconter, à travers l’histoire de deux familles que tout semble opposer, l’histoire récente de la Turquie, pays en mal d’identité, coincé entre l’Europe et l’Asie, rejeté par la première et ne voulant pas s’intégrer à la seconde… La Turquie est le dernier morceau de ce qui fut l’Empire ottoman qui domina tout le Proche-Orient pendant sept cents ans. Mais les turcs refusent cet héritage puisque la Turquie moderne est née en 1923 avec l’avènement de la république. Donc les turcs refusent de reconnaître le génocide arménien, et les arméniens ne peuvent guérir de leur histoire douloureuse sans cette reconnaissance.

A l’heure où l’entrée de la Turquie dans l’Europe est un sujet sensible, j’ai trouvé passionnant de découvrir à quel point ce pays semble moderne, tolérant et ouvert. L’auteure nous promène dans une Istanbul cosmopolite où cohabitent toutes les nationalités et toutes les religions. Asya, passionnée de musique,  et Armanoush, amoureuse de la littérature, vont se découvrir plein de points communs, parmi lesquels la nourriture n’est pas sans importance et ce n’est sans doute pas un hasard si chaque chapitre de ce roman porte le nom d’un ingrédient : on prend trois kilos rien qu’en lisant la liste des mets qui y abondent !


L'avis de : Valclair - Laure - Annie

Traduit de l’anglais (Turquie) par Aline Azoulay.
Phébus, 2007. – 319 p.

par Papillon publié dans : Littérature européenne
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Lundi 14 janvier 2008


undefinedLa troisième rencontre du Club des théières avait pour thème l’Italie et j’ai choisi de découvrir un auteur que je ne connaissais pas encore mais dont le dernier roman avait reçu un avis très favorable de Cathe.

 

Nous sommes dans un petit village de Sicile quelques années avant la Seconde Guerre mondiale. Le jeune narrateur, Néné (dix ans), est intrigué par ce bâtiment baptisé « Pension Eva » qui trône à deux pas du port. Alors de temps en temps il se permet de jeter un œil par la porte ouverte. Qui sont ces jolies jeunes femmes qui y résident ? Et pourquoi tant d’hommes leur rendent-ils visite ? Toutes ces questions trouveront un début de réponse lorsque Néné sera initié aux jeux érotiques par sa cousine Angela, dans le grenier de la maison. Plus tard encore, Néné devenu adolescent, découvrira les charmes du corps féminin dans la bibliothèque de son père, grâce à une édition illustrée de l’Orlando furioso de l’Arioste. Mais ce n’est qu’à l’âge de dix-sept ans qu’il parviendra enfin, grâce à un ami du collège, à pénétrer dans ce lieu de tous les fantasmes qu’est la Pension Eva. Car, vous l’aurez compris, la Pension Eva est un bordel. Alors que la guerre éclate et que le village est régulièrement bombardé, le jeune Néné passe ses soirées en compagnie des jolies pensionnaires de ce lieu secret, qui changent tous les quinze jours et qui ont beaucoup d’anecdotes croustillantes à raconter…

 

Ce court roman est un petit délice. A travers l’initiation érotique d’un jeune adolescent, c’est la vie quotidienne dans un lieu de plaisir que nous expose l’auteur, avec beaucoup de délicatesse et de poésie. D’un côté, il nous montre une société italienne pieuse et puritaine qui exclut toute idée de plaisir et de l’autre une micro-société fermée entièrement dédiée au plaisir. Les aventures des pensionnaires sont tantôt cocasses et tantôt tragiques, tantôt romantiques et tantôt burlesques, mêlant politique, histoire et religion. Le tout nous est raconté dans une langue qui mêle avec bonheur le patois sicilien à la poésie de l’Arioste, les douceurs de la vie érotique aux barbaries de la guerre.

 

L’auteur confie qu’il a écrit ce court roman comme une « gourmandise » de son vieil âge et c’est comme une gourmandise, à la fois sucrée et épicée, qu’il faut le déguster.


Traduit de l'italien (Sicile) par Serge Quadruppani.
Editions Métailié, 2007. - 133 p.


par Papillon publié dans : Littérature européenne
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Jeudi 3 janvier 2008


undefinederlendloe.jpgLe jour de ses vingt-cinq ans, alors qu’il vient d’être battu au croquet par son frère aîné, le jeune narrateur est soudain frappé d’une crise existentielle :

« Ma vie est curieuse depuis quelque temps. J’en suis arrivé à un point où je me désintéresse de tout. »

Quel est donc le sens de la vie ? Voilà la question qui taraude notre jeune héros. Il interrompt ses études à l’université, vide son appartement et s’installe chez son frère, parti en voyage. Et pour trouver un semblant de sens à l’existence, il lance un ballon contre un mur, échange de longs fax avec son meilleur ami, se lie d’amitié avec un petit garçon et entreprend la lecture d’une livre de physique appliquée…

Ce qui caractérise ce héros, c’est son excessive naïveté, une naïveté d’enfant, qui le rend infiniment touchant, à l’image de ces listes qu’il dresse pour donner une cohérence à son monde : « les choses que je possède », « les choses que j’aimerais posséder », « les choses que j’ai vues aujourd’hui ». En courts chapitres, il nous livre, avec un humour complètement décalé, ses angoisses, ses doutes, puis ses joies et ses découvertes. Et j’ai vraiment aimé cette tentative naïve de reconstruction du monde. Peut-être faut-il, en effet, retrouver de temps en temps son âme d’enfant pour redécouvrir avec simplicité le monde qui nous entoure…

Merci à Lune de Pluie qui m’a offert ce livre lors du swap scandinave.

L’avis plus mitigé de Cuné.


Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud.
10/18, 2005. – 264 p.

par Papillon publié dans : Littérature européenne
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