Knud est un petit garçon
danois qui vit sur une île, un peu morne et ennuyeuse. Mais si sa vie est un cauchemar jour après jour, c’est uniquement parce que sa mère est allemande. Nous sommes dans le Danemark de
l’immédiat après-guerre où allemand rime forcément avec nazi. L’auteur raconte son enfance entre ses parents qui s’adorent mais sont coupés de toute vie sociale. Et la mère de Knud, femme
orgueilleuse, refuse d’abandonner sa culture et ses traditions au profit d’une « assimilation » qui lui faciliterait pourtant la vie. Elle élève donc son fils dans la tradition allemande,
faisant de lui le souffre douleur de toute son école.
Ce roman m’a beaucoup rappelé Sang impur de Hugo Hamilton, qui raconte exactement la même histoire, mais en Irlande, ce qui prouve combien dans toute l’Europe traumatisée par la guerre, s’est développé un fort sentiment anti-allemand. Au début, j’ai été un peu déroutée par la construction, car Knud Romer raconte l’histoire de toute sa famille, autant paternelle que maternelle, mais dans le désordre, nous faisant allègrement sauter des années vingt au début du siècle, et des années de guerre aux années cinquante. Des tas de personnages se succèdent, à tel point que j’ai dû prendre un papier et un crayon pour dessiner l’arbre généalogique de la famille afin de pouvoir m’y retrouver. Et cette famille est peuplée de gens plus étonnants les uns que les autres, depuis le grand-père novateur qui rêve de faire fortune avec ses idées révolutionnaires mais échoue tout le temps, jusqu’à la tante confite en dévotion, en passant par la grand-mère qui a été complètement brûlée pendant la guerre.
Mais le personnage central du récit reste bien évidemment la mère, pour qui ce livre a été écrit en forme d’hommage. Et cette femme a eu un destin étonnant. Orpheline de père très jeune, elle est envoyée chez une tante inconnue pendant que sa mère se remarie. Il lui faut ensuite faire la conquête d’un beau-père indifférent. Quand enfin elle y parvient, la guerre éclate. Faisant partie d’un groupe de résistants anti-nazis, elle voit son fiancé fusiller pour haute trahison et doit s’exiler en Suisse. A la fin de la guerre, elle traverse la moitié d’une Europe dévastée pour retrouver sa famille. Son beau-père étant ruiné et sa mère défigurée, elle doit prendre en charge la famille. Et quand enfin elle parvient au Danemark, où elle croit trouver un pays de conte de fées, et où elle rencontre le grand amour, on aurait envie qu’elle puisse souffler et profiter du simple bonheur de vivre. Au lieu de cela, elle devient une paria. Seul son orgueil et son adoration pour son mari lui permettent de garder la tête haute.
Ce livre, truffé d'anecdotes tragi-comiques, est très émouvant, parce qu’il nous fait voir la seconde guerre mondiale du côté allemand et
nous donne à réfléchir sur les jugements que nous portons souvent sur autrui, non pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils représentent. En nous racontant l’histoire de ses deux familles, Knud
Romer nous montre combien les gens sont finalement très semblables d’un côté ou l’autre de la frontière, même si leurs traditions divergent.
Ont été conquis par cette famille extravagante : InColdBlog, Alice, Lily, Fashion, Cathe, Bernard, Anne-Sophie, Chiffonnette, Amy, Elfe, Cathulu, et Florinette.
Traduit du danois par Elena Balzamo.
Les Allusifs, 2007. – 187 p.
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