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Vendredi 18 avril 2008

C’est le troisième roman de Kazuo Ishiguro que je lis, et j’ai retrouvé avec

beaucoup de plaisir la même atmosphère que dans les deux précédents, quoique dans un univers complètement différent.


Kathy, Ruth et Tommy ont grandi à l’Institut Hailsham, étrange pensionnat perdu dans la campagne anglaise, où on leur a appris à considérer leur vie comme très précieuse. Dix ans plus tard, Kathy revisite son enfance heureuse et analyse l’impact qu’elle a eu sur sa vie d’adulte.


C’est un roman d’anticipation que nous offre ici Kazuo Ishiguro et c’est un peu déstabilisant au début, car il nous plonge dans un monde déroutant dont nous ne connaissons ni les codes ni le langage. Pendant un tiers du roman, on ne comprend rien à ce qui se passe, mais on persiste parce qu’on s’attache à ces trois ados. Kazuo Ishiguro pratique une esthétique du dévoilement progressif, distillant ses indices au compte-gouttes et ferrant son lecteur à son hameçon…


Ce qui intéresse Kazuo Ishiguro au premier chef ce sont les relations humaines, et notamment cette ambiguïté qui existe souvent entre hommes et femmes, quand le sentiment oscille entre désire et amitié. Il met toujours en avant l’analyse psychologique, le décorticage minutieux, voire obsessionnel, des sentiments à travers le prisme du souvenir.


Dans ce roman d’anticipation j’ai surtout vu une subtile allégoriede la vie humaine, entièrement soumise au destin (dieux, savants ou politiciens : qu’importe, au fond, il y a toujours quelqu’un qui tire les ficelles), où seul l’amour peut éloigner l’idée de la mort. Mais cet amour est destiné à rester espoir, fantasme ou rêve enfui.


C’est finalement une vision assez noire du monde que met en scène Kazuo Ishiguro, puisque la fin révèle que l’art, la culture et l’éducation, loin de nous protéger contre les vicissitudes de l’existence ne font au contraire que nous rendre plus sensibles à la cruauté du monde.

Tous les liens vers d'autres avis sont chez Joelle.


Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch.

Editions des Deux terres, 2006. – 441 p.

par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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Mercredi 9 avril 2008
Après le choc que fut la lecture du Journal d'Hélène Berr, je suis tombée dans une panne de lecture dont j'ai fini par sortir grâce à une auteure dont j'ai entendu parler pour la première fois chez Amanda. Je n'ai pas osé me lancer dans le premier roman  d' Amanda Eyre Ward, parce que le couloir de la mort, c'est un peu ce dont j'avais l'impression de sortir avec Hélène Berr...

Dans son deuxième roman Amanda Eyre Ward aborde le thème de la disparition. Trois soeurs grandissent dans une relation très fusionnelle qui leur permet de se protéger de leurs parents,  qui noient l'échec de leur mariage dans l'alcool (le père) ou les rêves (la mère). Les trois soeurs sont si malheureuses qu'elles décident de fuguer en volant la voiture de leur mère. Mais le matin du départ, la plus jeune, Ellie (cinq ans) disparait. Son absence qui reste inexpliquée fait exploser la famille. Quinze ans plus tard, la plaie est toujours ouverte. La mère parvient à convaincre sa fille ainée de se lancer à nouveau à la recherche de la disparue...

Amanda Eyre Ward parvient à nous embarquer tout de suite dans son histoire à travers la personnalité très attachante de son héroïne, Caroline, trentenaire un peu paumée qui n'arrive pas à vivre sa vie... La construction qui multiplient les points de vue est très astucieuse, à défaut d'être originale. J'ai passé un bon moment et pourtant ce roman qui traite d'une thème devenu (hélas) banal ne me laissera pas un grand souvenir... Et j'en ai voulu à l'auteure de me faire pleurer dans les dernières pages, avec ce happy end si américain et si artificiel...


Les avis de : Agapanthe - Clarabel - Flo - Cuné - Cathulu  et  Fashion.


Traduit de l'américain par Anne-Marie Carrière.
Buchet Chastel, 2006. - 260 p.


par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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Mardi 1 avril 2008


Voilà un petit classique qui prenait la poussière dans ma PAL depuis des mois et que je me suis décidée à ouvrir par un pluvieux dimanche.

 

Un notaire de Wall Street engage un nouveau scribe pour copier des textes juridiques dans son étude. Bartleby est un grand type maigre et taciturne, acharné à son travail qui donne toute satisfaction à son patron. Jusqu’au jour où celui-ci lui demande d’effectuer un travail de relecture et s’entend répondre : « Je préfèrerais pas ». D’abord surpris, le notaire réitère fermement sa demande et reçoit la même réponse. Complètement interloqué par cette fin de non recevoir de la part d’un employé si appliqué, il n’insiste pas. Mais par la suite, cette réponse énigmatique « Je préfèrerais pas » revient de plus en plus souvent dans la bouche de Bartleby à chaque demande de son patron. Le notaire se trouve coincé entre deux désirs contradictoires : faire obéir son employé ou, à défaut, le renvoyer ; ou faire preuve de charité envers un homme si démuni et visiblement dépourvu de la moindre famille.

 

Cette nouvelle est très étrange. Elle débute sur le mode burlesque quand le notaire, si sérieux, nous présente ses employés, plus ou moins déjantés. Puis peu à peu l’atmosphère de cette étude poussiéreuse devient lourde et angoissante. Que veut Bartleby ? Pourquoi son patron est-il incapable de le mettre à la porte manu militari ? La fin est tout aussi énigmatique, mais fait frémir, tant elle nous montre que l’incapacité de dire « non », tout autant qu’un excès de charité peuvent nous conduire dans des situations sans issue.


 

Une fin sur laquelle je n'ai personnellement pas fini de méditer.

 

 
Traduit de l’américain par Pierre Leyris.
Folio, 1996. – 99 p.


par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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Mercredi 19 mars 2008

kasischke.jpgSaint-Valentin dans une petite ville du Middle West. Sherry Seymour trouve dans sa boite aux lettres une petite carte anonyme : "Sois à moi pour toujours". Et soudain cette prof de littérature se sent étrangement émoustillée... Sherry semble pourtant avoir tout pour être heureuse : le même mari depuis vingt ans, une grande maison en banlieue, une vie qui ronronne. Mais elle vient de franchir la quarantaine, son fils fait des études à l'autre bout du pays, son père est malade, elle s'interroge sur la vieillesse, le temps qui passe... Et voilà qu'un admirateur inconnu lui envoie des lettres d'amour. Cette correspondance à sens unique va mettre à jour toutes ses frustrations. Prise dans un jeu ambigu alimenté par les fantasmes de son mari, Sherry ve se trouver embarquée dans une aventure qui la dépasse complètement.

J'ai dévoré ce roman d'un bout à l'autre sans reprendre mon souffle. Laura Kasischke mêle la finesse de l'analyse psychologique à la construction habilement menée d'un thriller haletant. A le suite de l'héroïne, le lecteur est entraîné dans une histoire tordue qui démarre presque banalement dans une middle class américaine vaguement ennuyeuse. D'une lettre anonyme à un dîner entre amis, d'un accident de voiture à une nouvelle robe en soie, Sherry se retrouve coincée dans une aventure érotique qui est le fruit des fantasmes de toute une société aussi frustrée qu'incapable de vivre ses désirs. L'été succède au printemps, la chaleur monte et la passion ne peut être qu'un mirage sur lequel se brise nos vies.

Un roman magistral et une auteure que je n'ai pas fini de suivre !


T
raduit de l'américain par Anne Wicke.
Christian Bourgois, 2007. - 402p.
par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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Lundi 17 mars 2008
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- Spéciale Saint-Patrick -




J'ai déjà lu trois romans de Jennifer Johnston et le dernier m'avait un peu déçue. J'avais eu l'impression qu'elle commençait à se répéter. C'est pourtant cette auteure irlandaise que j'ai en envie de mettre à l'honneur en ce jour de fête nationale de l'Irlande. Et bien m'en a pris...

johnston4.jpg"Ceci n'est pas un roman", annonce la narratrice dès la première phrase, mais une sorte de lettre à son frère Johnny disparu en mer trente ans plus tôt. Imogen n'a jamais cru à la mort de son frère, elle a toujours pensé qu'il était simplement parti et elle n'a cessé de l'attendre pendant toutes ces années. A la mort de son père, et après la vente de la maison familiale, elle hérite d'une vieille malle pleine de papiers. C'est l'occasion de partir à la découverte de l'histoire familale et de lancer un dernier appel à son frère.

Ceci n'est pas un roman, dont le titre détourne le nom d'un  tableau de Magritte, est tour à tour journal, récit d'enfance et enquête familiale. Cette négation évoque une sorte de mantra que se répéte Imogen: "Johnny n'est pas mort, Johnny n'est pas mort, Johnny n'est pas mort". Et c'est pour expliquer les raisons de son départ qu'elle plonge dans les secrets familiaux. Ce roman, car c'en est bien un, est construit comme une cantate à plusieurs voix où l'histoire de l'arrière-grand mère répond à celle d'Imogen, à soixante ans de distance. Dans une construction faite d'allers et retours entre présent et passé, se dévoile peu à peu l'histoire d'une famille bourgeoise qui s'accroche névrotiquement à une rassurante normalité, en dissimulant ses secrets sous le tapis, dont ils finiront pas sortir pour détruire la famille, cette famille sur laquelle plane une menace de folie que personne ne veut voir.

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman qui me réconcilie définitivement avec Jennifer Johnston et sa plume toute en sensibilité. Même si elle continue de s'intéresser aux êtres un peu cassés et aux secrets de famille, ce roman-ci est complètement différent de ce que j'ai lu d'elle jusqu'à présent et d'une construction subtile parfaitement maîtrisée.


Cathulu a aimé, Clarabel et Solenn aussi.


Traduit de l'anglais (Irlande) par Anne Damour.
10/18, 2007. - 196 p.

 
par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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