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Mercredi 7 novembre 2007

zweig2.jpg Sur un paquebot qui va de New York à Buenos-Aires, voyage un célèbre joueur d’échecs. Plusieurs passagers vont vouloir se mesurer à lui, pour diverses raisons. Deux récits enchâssés nous racontent par ailleurs l’histoire de ce champion d’échecs, Czentovic, un homme fruste et antipathique, et celle de l’un de ses adversaires, M. B., un aristocrate viennois qui vient de passer une année dans une prison de la Gestapo.

C’est toujours un grand plaisir de retrouver Stefan Zweig et cette longue nouvelle est une merveille du genre : l’auteur parvient à donner plusieurs niveaux de lecture et à multiplier les thèmes en quelques dizaines de pages.

Il y a tout d’abord une réflexion sur le jeu d’échecs, qui est autant un art subtil qu’un jeu énigmatique. Vont ensuite apparaître plusieurs joueurs qui illustrent chacun une facette du jeu. La narrateur joue pour le plaisir, le riche ingénieur MacConnor joue uniquement pour gagner et se révèle très mauvais joueur quand il perd, le champion est un joueur professionnel et, enfin, pour M. B. le jeu est une passion destructrice. Ce thème du jeu pathologique avait d’ailleurs déjà été exploité par Stefan Zweig dans Vingt-quatre heures de le vie d’une femme.

Mais l’essentiel de l’intrigue repose sur l’opposition de deux caractères :d’un côté, Czentovic, la brute inculte, à demi analphabète, qui a reçu un don pour jouer aux échecs et qui l’exploite de façon commerciale pour gagner sa vie tout en traitant le reste du monde avec arrogance : « une machine à jouer » :

« Et puis, n’est-il pas diablement aisé, en fait, de se prendre pour un grand homme quand on ne soupçonne pas le moins du monde qu’un Rembrandt, un Beethoven, un Dante ou un Napoléon ont jamais existé ? »

Face à lui, M.B, homme fin et cultivé, victime d’un emprisonnement arbitraire et soumis à la torture mentale, qui apprend à jouer pour ne pas devenir fou puis qui se met à jouer de façon si obsessionnelle qu’il manque de devenir fou :

« La joie que j’avais à jouer était devenue un désir violent, le désir une contrainte, une manie, une fureur frénétique qui envahissait mes jours et mes nuits. »

Ces deux personnages illustrent deux faces de l’humanité : c’est la bestialité inculte contre l’humanisme et l’intelligence. Si on replace ce texte dans son contexte historique, c’est-à-dire peu après l’invasion de l’Autriche par Hitler, on devine bien que Czentovic est une figure de la brutalité nazie face au raffinement de la vieille Europe. La partie finale qui se joue entre les deux hommes peut alors être lue comme un simulacre de guerre entre ces deux mondes.

Bref, ce petit texte est un chef d’œuvre de style, d’intelligence et de sensibilité, qui résume parfaitement ce qu’était Stefan Zweig.


On en parle sur Biblioblog, chez Jules, chez Lilly, sur Bibliotheca, chez Majanissa et chez Flo.



Traduit de l’allemand (Autriche) par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent.
Le Livre de poche, 1991. – 94 p.

Par Papillon - Publié dans : Littérature européenne
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Commentaires

Jamais lu cet auteur,je commencerai bien par celui-ci...
Commentaire n° 1 posté par cathulu le 07/11/2007 à 05h04
Ca me parait une excellente idée ! ;-)
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h11
Ah  Zweig j'aime beaucoup ! Je te conseille la pitié dangereuse si tu ne l'as pas lu et puis...tous ! Ils sont tous bons !
Commentaire n° 2 posté par BelleSahi le 07/11/2007 à 08h56
J'ai beaucoup aimé la pitié dangereuse également ! Et je suis d'acord avec toi : ils sont tous bons !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h12
il est depuis des années dans ma PAL et je n'arrive pas à m'y mettre. Tu vas peut-être m'aider à sauter le pas...
Commentaire n° 3 posté par Gambadou le 07/11/2007 à 09h01
Je serais très étonnée que tu n'aimes pas : on accroche tout e suite !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h13
trop bon, court et limpide, parfait pour un petit moment de répit et je conseille '24h d'une femme' (du même auteur) que j'ai beaucoup aimé.
Commentaire n° 4 posté par Lison le 07/11/2007 à 09h50
Pas encore lu celui-là mais c'est prévu !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h14
Zweig, ce n'est que du bonheur!
Commentaire n° 5 posté par fashion victim le 07/11/2007 à 09h56
Absolument !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h14
J' ai adoré ce livre et je m'en souviens très bien ... de toutes façons j'aime  énormément Zweig et j'en ai lu beaucoup de lui ...
Commentaire n° 6 posté par la Pyrénéenne le 07/11/2007 à 10h39
il a beaucoup écrit : nous avons de la chance !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h15
Moi aussi je l'ai lu cette année, il faisait partie de mon Challenge ABC 2007 (que je ne finirai pas, qu'on soit bien clairs !) ;-)
Je compte bien lire 24h... et d'autres bien sûr !
Commentaire n° 7 posté par Tamara le 07/11/2007 à 12h25
Les Challenge ne sont pas faits pour être terminés, voyons, Tamara !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h16
Un petit bijou à lire, à acheter, à offrir,....
Commentaire n° 8 posté par cathe le 07/11/2007 à 14h08
A lire et à relire : je ne me lasse pas du style de Stefan Zweig.
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h18
Bouleversant et à faire lire à tous ceux qui n'aiment pas lire... car un livre peut vous sauver la vie!!
Commentaire n° 9 posté par Ori le 07/11/2007 à 14h39
Surtout si on est peu obsessionnel comme M. B. ...
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h19
Des Zweig que j'ai lus, celui-ci est l'un de mes préférés avec 24 heures de la vie d'une femme.
Commentaire n° 10 posté par In Cold Blog le 07/11/2007 à 15h45
Aurais-tu  un goût particulier pour le thème du jeu ? ;-)
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h20
Un des rares Zweig que je n'ai pas lu. Moi mon préféré est "La confusion des sentiments".
Commentaire n° 11 posté par Anne le 07/11/2007 à 16h18
J'avais beaucoup aimé aussi !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h20
Je partage tout à fait ton avis sur ce titre et sur Zweig !
Commentaire n° 12 posté par Gachucha le 08/11/2007 à 16h11
Je considère que Zweig est un auteur incontournable !
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h24
J'ai dévoré bon nombre de livres de stephen Zweig au lycée dont celui-ci. Je me souviens qu'à l'époque j'étais absorbé par ses livres à tel point que je lisais entre deux cours, assise dans les couloirs ! Depuis, je n'ai plus rien lu de lui. Il faudrait que je m'y replonge...
Commentaire n° 13 posté par saxaoul le 08/11/2007 à 18h26
J'ai connu ça aussi, la lecture entre deux cours assise dans le couloir, mais pas avec Zweig.
Réponse de Papillon le 08/11/2007 à 21h23
je l'ai lu récemment et j'ai également aimé. C'était mon 1er livre de cet auteur.
Commentaire n° 14 posté par anjelica le 08/11/2007 à 21h39
J'espère que ce ne sera pas le dernier !
Réponse de Papillon le 09/11/2007 à 21h59
je confirme!!! un indispensable à lire!!!! ;o)
Commentaire n° 15 posté par lamousme le 09/11/2007 à 20h15
ou à relire :-)))
Réponse de Papillon le 09/11/2007 à 21h58
lu et apprécié il y a bien longtemps, du coup je ne m'en souvenais plus très bien et ton point de vue est passionnant, du coup je suis retenté...
Commentaire n° 16 posté par malaurie le 09/11/2007 à 23h36
C'est le seul livre de Zweig que j'ai lu et je l'ai vraiment adoré!  J'ai beaucoup aimé les différentes façons de voir le jeu d'échecs et l'écriture de Zweig m'a beaucoup plu.  Je relirai certainement cet auteur!
Commentaire n° 17 posté par Karine le 10/11/2007 à 01h27
Un auteur qui fait l'unanimité ! J'adore aussi :)
Commentaire n° 18 posté par Praline le 18/11/2007 à 03h10
Difficile de ne pas aimer un auteur qi a un tel style et autant de sensibilité ! :-))
Réponse de Papillon le 18/11/2007 à 12h42
Zweig ne m'a jamais déçue. Je l'ai découvert l'année du bac, justement avec "le joueur d'échecs". J'en ai un souvenir un peu confus mais il m'en reste une très forte impression.
Commentaire n° 19 posté par kalistina le 03/12/2007 à 01h58
je suis moi aussi un inconditionnel de Zweig, ravi d'avoir lu votre article, il en parle si bien
Commentaire n° 20 posté par quetzal2012 le 12/02/2008 à 17h07
Merci quetzal !
Réponse de Papillon le 13/02/2008 à 22h35

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