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Mercredi 30 mai 2007


bjornstad.jpgOn imagine souvent qu’au cours des années soixante tous les adolescents d’Europe ne rêvaient que de torturer des guitares électriques en jouant la musique des Beatles. Pourtant pour quelques irréductibles l’instrumentde choix était un piano et leurs idoles se nommaient Beethoven, Chopin, Debussy, Ravel ou Schubert.

Son amour de la musique, Aksel Vinding le tient de sa mère, une femme fantasque, étouffée dans un mariage étriqué et mal assorti. Entre la mère et le fils, un lien presque amoureux s’est tissé au cours des longues soirées passées à écouter les concerts de musique classique sur une petite radio de mauvaise qualité. Car les Vinding ne sont pas riches, mais Åse Vinding est prête à tous les sacrifices pour que son fils devienne un virtuose. Mais pour cela, il doit d’abord remporter le concours des Jeunes Talents. Quand sa mère meurt brusquement, Aksel arrête le lycée et consacre toute son énergie à son piano et à la préparation du concours. Mais il n’est pas le seul sur les rangs. Et il découvre que sa jolie voisine Anja dont il est amoureux, se prépare aussi pour le concours…

Ce roman nous introduit dans un univers étrange et mal connu où la pratique de la musique s’apparente à un sport de compétition, combinant technique, endurance et sensibilité, un monde où le moindre faux pas peut-être fatal. Une pression terrible pèse sur les jeunes concertistes : projection des parents sur leurs enfants, désirs de gloire des professeurs, ambition pour chacun de ces jeunes pianistes de devenir le nouveau Claudio Arrau ou le nouveau Rubinstein. Tous ces rêves sont symbolisés par un tableau de Munch, Le Soleil, qui trône dans la grande salle de concert. Mais à ce soleil beaucoup se brûleront… Car une ambiance délétère baigne le roman des ses premières pages, à l’image de cet épervier qui suit Aksel dans les moments les plus douloureux de sa vie.

Et c’est sans doute cette atmosphère pessimiste qui m’a empêchée de plonger complètement dans l’histoire. Beaucoup de personnages gravitent autour d’Aksel, dont certains auraient mérité d’être un peu plus fouillés, comme le père, étrangement transparent, ou la sœur, particulièrement énigmatique, sans parler du professeur de piano, ou de la mère d’Anja dont on se demande quel rôle au juste elles tiennent dans cette histoire. On croit que c’est Aksel le héros de cette histoire, mais il se fait voler son rôle par la jolie Anja.

En bref, ce roman m’a semblé aussi glacial que le pays dans lequel il se déroule…

Les avis plus enthousiastes de Flo et de Chimère.


Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud.
JC Lattès, 2006. – 429 p.

par Papillon publié dans : Littérature européenne
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Lundi 28 mai 2007

dageloagelo.jpg

Ceux qui me connaissent doivent se demander ce que je pouvais bien fabriquer à la première d'un opéra contemporain, l'autre soir à l'Opéra Garnier, moi qui n'aime que la musique baroque ou romantique et en tout cas mélodique. Mais, hormis le fait que je passerais bien toutes mes soirées à l'Opéra Garnier, si je pouvais, tant je trouve le lieu magique et mythique, avec ses fantômes qui rodent dans les escaliers, il se trouve que l'opéra en question est inspiré du journal intime de la plus grande poétesse japonaise. Ceci explique cela.

 

Izumi Shikibu vécut à la fin du dixième et au début du onzième siècle et eut une vie amoureuse pour le moins chaotique, notamment une liaison avec le prince Atsumishi, qu'elle a abondamment mise en poésie dans son journal (1002-1003). C'est cet épisode qui a inspiré au compositeur italien Salvatore Sciarrino l'opéra Da gelo a gelo (De l'hiver à l'hiver).

 

Quand le Prince commence son entreprise de séduction, elle vient de perdre l'homme qu'elle aimait et elle s'est enfermée dans son chagrin. Elle le repousse, il insiste, elle cède. Commence alors une histoire d'amour étrangement désaccordée. Ils se voient peu, contraints à la discrétion. Ils s'écrivent des poèmes. Bientôt l'attente se fait insupportable. Elle lui reproche de la négliger, mais quand il vient, elle le laisse à la porte. Il promet de venir, se dérobe, la punit de son arrogance. Le texte, longue plainte poétique, traduit cette douleur qui n'en finit plus, et trace autour des deux amants un étrange paysage symbolique: lune, vent, pluie et neige. La musique, qui n'en est pas une, s'apparente plutôt à un bruitage de ce paysage de douleur et de passion : bruissement de vent, grincement de porte, sifflement d'oiseau, hurlement de la tempête. Ces sons désaccordés d'instruments torturés portent admirablement ce texte haché de plainte amoureuse, qui nous emporte jusqu'à la torture. A cela s'ajoute la scénographie japonisante et très chorégraphiée de Trisha Brown qui joue sur l'espace pour mettre en scène la distance, physique autant que psychologique, entre les deux amants.

 

Je le répète : je suis d'habitude complètement insensible à cette musique que l'on nomme dodécaphonique ou atonale, mais il est rare à l'opéra que tous les éléments se mélangent avec autant d'harmonie : un texte d'une grande beauté, porté par une musique sensible et magnifié par une mise en scène pure et esthétique. Je me suis laissée complètement emportée par ce spectacle que j'ai trouvé magnifique et bouleversant.


 

 

Da gelo a gelo, de Salvatore Sciarrino,

Cent scènes et soixante-cinq poèmes d’après le journal d’Izumi Shikibu,

Direction musicale : Tito Ceccherini

Mise en scène : Trisha Brown

Avec Anna Radziejewska (Izumi) et Otto Katzameier (le Prince)

 

A l'Opéra Garnier jusqu'au 10 juin.



par Papillon publié dans : Théâtre / Opéra
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Samedi 26 mai 2007


forster.jpgLes romans de Jane Austen nous avaient familiarisés avec cette société britannique où les relations sociales sont extrêmement codifiées. Les femmes, si elles n’y ont d’autre destin que le mariage, y jouissent cependant d’un minimum de liberté d’action et de pensée. Avec E.M. Forster, nous entrons dans l’ère victorienne, où les femmes, considérés comme de jolis bibelots, sont corsetées, bâillonnées et chaperonnées. Le principe basal de leur éducation étant : « Sois belle, apprends à jouer du piano et tais-toi ! »

Lucy Honeychurch est l’une de ces jeunes filles, jolie et point sotte, si toutefois elle se permettait de temps à autre de penser par elle-même, ce qu’elle ne s’autorise naturellement pas. Lucy séjourne à Florence, avec pour chaperon une vieille cousine célibataire, empruntée et grincheuse. Les deux femmes logent dans une pension fréquentée uniquement par des anglais, plus ou moins excentriques. Cette microsociété en villégiature reproduit avec application toutes les conventions qui ont cours au pays natal : fausse courtoisie et vraies barrières sociales, préjugés, ragots et potins. On se promène de musée en église, Baedeker à la main et Lucy nous fait penser à un joli oiseau en cage. Mais c’est sans compter sans le charme de l’Italie, pays des arts et de l’amour, dont l’atmosphère nonchalante et sensuelle est susceptible de conduire à des excès de sentimentalité même le britannique le plus compassé…C’est ainsi qu’au cours d’une promenade bucolique dans la campagne florentine, Lucy se fait voler un baiser par un timide compatriote. Schoking ! Aussitôt, la jeune fille fait ses bagages et s’enfuit. Mais que fuit-elle, au fond ? Le jeune homme, ou son propre désir, ce petit animal sauvage qui vit en chacun de nous et nous pousse souvent à commettre des actes que la morale (victorienne) réprouve ?

Ce roman m’a enchantée du début à la fin, non seulement parce que j’aime beaucoup les personnages qui évoluent dans leur conception du monde, mais aussi parce que j’adore cette société so brittish, avec ses clergymen, ses vieilles filles et ses adolescents impertinents, dont la quotidien est rythmé par l’heure du thé et celle de l’office, les parties de tennis et les séances de jardinage. C’est très, très bien écrit avec cet touche d’humour typiquement britannique, mélange d’ironie, de malice et de causticité. J’adore notamment quand Forster prend son lecteur à témoin :

« Le lecteur n’aura pas la moindre difficulté à en conclure : elle aime le jeune Emerson. Mais à la place de Lucy le lecteur aurait eu des difficultés. La vie se raconte aisément — vivre déconcerte davantage. Les « nerfs » ou toute autre expression banale, masquant et désignant à la fois nos désirs personnels, sont alors bienvenus. Lucy aimait Cecil ; Georges la rendait nerveuse ; le lecteur sera-t-il assez bon pour l’inviter à intervertir les termes ? »

Oui, sous nos yeux attendris, Lucy va devenir une vraie femme moderne, libre et palpitante d’amour. Au panthéon de nos émotions littéraires, il y avait déjà la déclaration de Rhett à Scarlett, et celle de Darcy à Elisabeth. Il y aura désormais celle de Georges à Lucy…


Traduit le l’anglais par Charles Mauron.
10/18, 1947. – 285 p.




par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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Vendredi 25 mai 2007

Vous avez déjà vu un enfant se jeter sur ses cadeaux le matin de Noël ? C'est à peu près l'allure que je devais avoir hier soir devant ce mystérieux paquet. Qui résista ! Celui qui a emballé ce paquet est un vrai spécialiste. Je le soupçonne de travailler à la banque de France et d'être responsable des coffres forts ! Après avoir essayé successivement un coupe-papier, des ciseaux et un couteau à pain, je m'apprêtais à attaquer l'objet à la scie sauteuse quand l'emballage enfin céda, révélant une pluie de paquets jolisment emballés dans un papier aux motifs de papillons,

Swap1.jpg

et une jolie carte signée InColdBlog !

J'ai obéi aux instructions : ouvrir les paquets avant de lire la longue lettre qui les accompagnait... Et voici ce que je découvris :

Swap2.jpg
- Howard's end de EM Forster (qui figurait sur la liste de mes priorités lectures),
- Je ne t'ai jamais aimé de François-Marie Banier, que je ne connais pas mais que je découvrirai avec plaisir,
- un joli marque-page au motif de papillon,
- un petit tampon représentant un papillon,
- et une compilation de musique sur le thème de Howard's End.

Merci InColdBlog pour ce charmant paquet très personnalisé qui m'a beaucoup plu et beaucoup touchée et qui est tout à fait à ton image : mystérieux et élégant...

Et bien sûr un grand merci à la Gentille Organisatrice de toute cette aventure : Flo.

par Papillon publié dans : Blogosphère
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Jeudi 24 mai 2007

ishiguro3.jpgQuel bonheur de retrouver Kazuo Ishiguro et son écriture si délicate, si retenue, si pleine de charme. J’avais eu un immense coup de cœur pour Les vestiges du jour, histoire d’un majordome qui faisait passer son devoir avant ses désirs, parce qu’il se croyait investi d’une mission auprès de son maître. C’est un peu le même thème que l’on retrouve ici. Il semble que Kazuo Ishiguro ait une prédilection pour les héros condamnés à la solitude par une conscience, souvent illusoire, d’avoir un grand destin à accomplir.

Nous sommes à Londres dans les années trente et faisons connaissance avec Christopher Banks qui ambitionne de devenir détective. Cette vocation est née des années plus tôt à la suite d’un drame familial. Alors qu’il vivait à Shanghai, juste après la première guerre mondiale, Christopher a vu disparaître aussi soudainement que mystérieusement ses deux parents et s’est promis de trouver un jour la clé de cette énigme. Devenu un détective célèbre, Christopher est de plus en plus rattrapé par son passé. En 1937, alors que l’Europe est au bord du chaos, le jeune homme embarque pour Shanghai, persuadé de détenir la clé qui lui permettra enfin de retrouver la trace de ses parents.

Kazuo Ishiguro nous entraîne dans une Shanghai mythique, cosmopolite et canaille. En coulisse, la guerre de l’opium fait rage et l’enquête tourne à la course poursuite dans une ville bombardée par les japonais. Beau personnage que ce Christopher qui court à perdre haleine derrière un passé qui ne fut peut-être qu'illusion, à l'image de cette ville dévoyée, devenue vitrine d'un monde en train de mourir.


Traduit de l’anglais par François Rosso.
Calmann-Lévy, 2001. – 376 p.

 

par Papillon publié dans : Littérature anglo-saxonne
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de
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Le Prix Landerneau
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Pour tout savoir, rendez-vous
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Au Sud de le frontière, à l'ouest du soleil
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